Thibault Segouin (Une comédie romantique) : "Alex Lutz est mon grand frère dans le métier"

Thibault Segouin (Une comédie romantique) : "Alex Lutz est mon grand frère dans le métier"

Alex Lutz et Golshifteh Farahani recommencent leur histoire d'amour dans le réjouissant "Une comédie romantique". Lors du dernier Festival de Saint-Jean-de-Luz, nous avons rencontré le réalisateur Thibault Segouin, qui nous a parlé de sa passion pour les romances au cinéma et de sa complicité avec son acteur principal.

Une comédie romantique : l'amour à Montmartre

Dans Une comédie romantique, un musicien à la ramasse prénommé César (Alex Lutz) est au niveau maximal de stagnation dans son existence. Décidé à se reprendre en main, il met tout en œuvre pour reconquérir Salomé (Golshifteh Farahani), qu'il a abandonnée sans prévenir quelques années plus tôt.

Mais les mauvaises habitudes ne sont jamais bien loin et si le chanteur réussit de nouveau à charmer son ex, il s'embourbe dans des mensonges de plus en plus gros. Bénéficiant d'une écriture soignée, d'un formidable duo et de personnages secondaires remarquables interprétés par Olivier Chantreau, Lucie Debay ou encore Tchéky KaryoUne comédie romantique est un énorme coup de cœur (découvrez notre critique ici).

Une comédie romantique
Une comédie romantique ©Alba Films

Lors de la neuvième édition du Festival International du Film de Saint-Jean-de-Luz, où le long-métrage faisait l'ouverture hors compétition, nous avons rencontré le réalisateur Thibault Segouin. Le jeune cinéaste nous a parlé de sa complicité avec Alex Lutz, de son envie de jouer avec les codes d'un genre qu'il affectionne particulièrement et d'une scène magistrale où Golshifteh Farahani explose.

Rencontre avec Thibault Segouin

Comment est né le film ?

Thibault Segouin : Je ne sais pas exactement quel est le point de départ. C'est certainement le quartier. Je me suis retrouvé à habiter à Montmartre quand je suis arrivé à Paris, quand j'avais 18 ans, et je me suis vraiment pris d'amour pour le quartier. C'est vraiment un village noyé par le tourisme, c'est très paradoxal comme endroit. Il y a à la fois un truc à échelle très humaine et un flot de gens continu. C'est très rigolo, tu reconnais des têtes au milieu de la foule à longueur de temps. Je trouve que c'est le seul endroit où j'ai mis les pieds en France où le terme de "mixité" prend un petit peu de sens. Il y a vraiment toutes les tranches de la population française dans le 18e, qui cohabitent dans les mêmes rues, dans les mêmes immeubles. C'est génial pour ça.

Et l'autre point de départ, c'est que j'adore les comédies romantiques en tant que spectateur. Si je ne sais pas quoi regarder, je regarde une comédie romantique. Je trouve que c'est très agréable, on peut passer d'un état à un autre, et à l'écriture aussi. Moi qui aime bien essayer des choses, expérimenter, pour un premier film c'est hyper chouette. Tu peux te permettre d'être léger, puis profond, puis drôle, puis dramatique. C'est assez libre, tu ne réponds pas à un cahier des charges très très strict.

Une comédie romantique
César (Alex Lutz) - Une comédie romantique ©Alba Films

Vous vouliez jouer avec les codes du genre ? La reconquête sentimentale paraît par exemple assez simple dans le film, là où elle est beaucoup plus fastidieuse dans plein d'autres.

Thibault Segouin : Oui, à fond ! Ce n'est pas vraiment une comédie romantique parce que dans le cahier des charges d'une comédie romantique, il faut que ce soit des gens qui ne se sont jamais rencontrés et qui tombent fous amoureux en un regard par la magie du cinéma. J'avais plutôt envie d'appliquer les codes de la comédie romantique à quelque chose de concret et de réel, que ce soit des gens qui aient déjà raté et qui réessaient, pour que ce soit beaucoup plus réaliste.

Je pense que je n'aurais pas été doué pour trouver la magie d'une intrigue classique, je voulais parler de la difficulté d'être en couple, d'avoir une famille. Il y a quelque chose dans l'époque d'hystérisant. Tout doit aller vite tout le temps, il faut réussir très très vite et tout avoir bien fait, un peu comme les personnages de Pierre et Camille (Olivier Chantreau et Lucie Debay, ndlr). Je ne suis pas trop partisan de ça. C'est super de déjà réussir une omelette au déjeuner, d'avoir des objectifs simples, de se tromper, d'essayer des trucs.

Est-ce que vous pouvez me parler de la scènes des retrouvailles entre Alex Lutz et Golshifteh Farahani, qui est l'une des plus fortes du film ?

Thibault Segouin : Puisque ce n'est justement pas un tour de magie, il fallait que ce soit une scène forte en émotion. Ça tient à plein de choses. Golshifteh est évidemment merveilleuse, elle le joue très premier degré mais très haut dans les tours, c'est un peu sur un fil et ça fonctionne très très bien. Elle s'est blessée en la tournant, elle s'est luxé l'épaule. Il y a aussi la musique qui y participe, des nappes de cordes. Au montage, on a vraiment passé du temps à trouver la bonne énergie de la scène. Rythmiquement, il y avait quelque chose à trouver.

Une comédie romantique
Salomé (Golshifteh Farahani) - Une comédie romantique ©Alba Films

Elle était vraiment écrite comme ça, on l'a vraiment tournée dans ce sens-là et on l'a montée dans ce sens-là. C'est vraiment un équilibre entre toutes les couches de fabrication d'un film. L'autre jour, un exploitant m'a dit qu'il trouvait que c'était la définition pour lui de ce qu'est une scène de cinéma. J'ai trouvé ça intéressant, on a quelqu'un qui est dans un décor très fourni, haut en couleur, lui (Alex Lutz, ndlr) qui est tout seul sur un fond blanc, isolé. Les cadres fonctionnent, ce n'est que du champ-contrechamp.

Vous avez coécrit Guy avant de réaliser le court-métrage Les Deux couillons. La mise en scène d'un long-métrage, c'était la suite logique des choses pour vous ?

Thibault Segouin : C'est un peu un concours de circonstances. J'ai aussi l'impression que c'est le prolongement de tout. À un moment, j'écrivais pour la scène, après je mettais en scène pour la scène, après je me suis mis à m'intéresser au cinéma. C'est plutôt une espèce de suite logique, en tout cas je ne fais pas partie de ceux qui disent que c'était une vocation. J'ai du mal à voir les choses en général comme une fin en soi. Là, j'ai fait ce film, je ne sais pas ce que je vais faire après. Peut-être que je vais ouvrir une pizzeria. (Rires) Je me suis bien amusé en tout cas à faire celui-ci, je vais essayer d'en faire un autre.

Et retravailler avec Alex Lutz, c'était quelque chose que vous vouliez absolument ?

Thibault Segouin : Alors c'était trop bien, mais c'était très inattendu. Bêtement, je pensais qu'après Guy, on avait un peu clôturé notre route ensemble. On s'est rencontrés il y a longtemps. Je vendais ses billets de spectacle quand j'avais 21 ans, c'est comme ça qu'on s'est connus avec Alex. Après, on est partis en tournée ensemble, on a fait 500 dates. Ensuite, j'ai un peu bossé sur Catherine et Liliane. Après, on a fait Guy. Alex est comme mon grand frère dans le métier, donc c'était comme un aboutissement.

Une comédie romantique
Une comédie romantique ©Alba Films

Et j'ai écrit ce film, et je me suis demandé qui pourrait jouer ce rôle. Il fallait quelqu'un qui soit capable d'être à la fois très attachant et très énervant. Et Alex est capable de tout faire, je connais bien son amplitude de jeu pour l'avoir vu joué 450 fois un spectacle. Il peut tout jouer, il peut faire passer une émotion puis une autre de manière très simple. En fait, ce n'était la fin de rien du tout, il y en aura peut-être un autre.

Pour en revenir à Montmartre, vous avez voulu éviter le côté carte postale ? On est à mille lieues d'Amélie Poulain par exemple.

Thibault Segouin Il ne fallait surtout pas, c'était dangereux ! C'était impossible de le refaire en plus, c'est tellement bien Amélie Poulain ! Il ne faut surtout pas se lancer dans quelque chose qui pourrait souffrir de la comparaison. J'avais juste envie que ce ne soit pas carte postale en tout cas, de montrer, photographier ce que moi j'aime bien dans ce quartier.

Il y a beaucoup d'endroits qui existent vraiment, comme chez Ammad (le bar/hôtel du personnage incarné par Slimane Dazi, ndlr), l'Hôtel de Clermont. Slimane Dazi connaît Ammad d'ailleurs. Les habitués du bar, ce sont les vrais. C'était vraiment l'envie de montrer ce que moi j'aime bien et ce qui m'émeut à Montmartre.

Quels sont vos modèles de comédie et de comédie romantique ?

Thibault Segouin : Je suis très impressionné par les gens qui dans un dîner te disent : "J'ai revu tout Pialat, qu'est-ce que c'est bien !" Je ne suis pas du tout ce mec-là moi, je ne suis pas du tout cinéphile. J'aime bien le cinéma mais je viens d'une famille où on regardait les films de Gérard Oury, on trouvait ça super. Le max de cinéma d'auteur que j'ai vu enfant, ce sont les films d'Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri. Ce qui est génial hein, moi j'adore !

Les clins d'oeil à Christian Clavier dans le film, tout le monde croit que c'est pour se moquer. En vrai j'adorais Les Anges gardiens quand j'étais petit avec mon frère. Je l'ai revu, c'est pas très bien. (Rires) Mais c'est vraiment un souvenir super d'enfance où, au premier degré, je trouvais ça génial ! Je ne sais jamais quoi répondre aux influences, j'ai l'impression qu'il faut dire des trucs intelligents, mais je ne les ai pas. (Rires) Honnêtement, j'adore La Grande vadrouille, j'adore les films de Woody Allen, j'adore vraiment 2 Days in Paris, que je regarde environ deux fois par an. Je trouve que c'est un film parfait. C'est un peu une comédie romantique d'ailleurs, malgré tout. J'adore aussi Coup de foudre à Notting Hill. Donc j'ai revu tout Pialat hier, et c'était vraiment bouleversant. (Rires)

Une comédie romantique est à découvrir au cinéma dès le 16 novembre 2022. Découvrez ci-dessus la bande-annonce.

 

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