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Green Book : rencontre avec Viggo Mortensen

Viggo Mortensen est connu pour s’impliquer pleinement dans ses films, jusqu’au terme de leur promotion. Alors, le jour de l’annonce des nommés aux Golden Globes 2019, il n’était pas à Los Angeles, mais dans un palace parisien, où devant une vingtaine de journalistes et pendant une demi-heure il a parlé de Green Book et de son métier d’acteur, de sa relation avec le réalisateur et Mahershala Ali. Nous étions présents pour recueillir ses propos. Propos tenus en français, s’il vous plaît.

L’acteur, soixante printemps et autant de long-métrages au compteur, dégage indéniablement quelque chose d’unique. Il y a le charme de l’acteur mondialement connu, célébré par la critique, multi-primé, c’est évident, et ce ne pourrait être que par son jeu. Mais l’individu, qui parle couramment ou convenablement sept langues, est aussi poète, peintre, et photographe. Il est Aragorn pour Peter Jackson, il est aussi Tom Stall pour David Cronenberg dans l’inoubliable A History of Violence, alors il ne faut pas être snob : the man is a legend.

Pour Peter Farrelly, il est Tony Vallelonga, dit Tony « Lip », un videur de boîte de nuit italo-américain engagé pour être le chauffeur et l’agent de sécurité de Don Shirley, un célèbre pianiste de jazz afro-américain. Dans leur voyage au coeur des états ségrégationnistes du Sud, ils doivent utiliser le Green Book, le guide qui recense les endroits de villégiature accueillant les gens de couleurs.

Road-movie qui donne lieu à une grande amitié et à un conte moral très juste, Green Book a déjà reçu le Golden Globe 2019 du meilleur film de sa catégorie, après le Prix du Public au dernier Festival de Toronto.

Green Book est une comédie, entre le road et le buddy movie, qui dénonce la ségrégation et célèbre l’amitié dans les années 1960, aux Etats-Unis. Vous avez conscience de l’actualité de son message ?

Oui, c’est un moment intéressant pour le film, avec Trump, la situation politique, la discrimination et le racisme aux Etats-Unis. Mais ç’aurait été un bon moment aussi il y a dix ans, ou dans vingt, cinquante ans, parce que c’est un bon film et parce que le racisme ne disparaîtra jamais, c’est le travail de chaque génération de lutter contre ça.

Ce qui m’intéressait, c’était vraiment l’histoire de Don Shirley, et je pense à lui comme je pense à Zora Neale Hurston, une écrivaine et anthropologiste afro-américaine des années 1940, dont on a reconnu seulement le travail dans les années 90, notamment grâce à l’écrivaine Alice Walker. J’espère que peut-être, grâce à Green Book, Don Shirley sera lui aussi reconnu.

Quand je m’engage dans un projet, ce qui vient en premier c’est le conte, l’histoire, puis le personnage, et enfin le réalisateur. J’avais un peu peur du personnage de Tony « Lip » Vallelonga, je ne suis pas italien, et je suis plutôt du Nord ! Mais Peter Farrelly a insisté pour que je fasse le rôle. J’ai alors pensé à David Cronenberg et à A Dangerous Method, dans lequel je jouais Sigmund Freud. Je n’y croyais pas, ce n’était pas moi, mais il me disait « si si, c’est toi ». J’ai eu le souvenir de ce moment, et le lendemain j’ai appelé Peter pour lui dire « Allons-y ».

Votre personnage, Tony Lip, un videur italo-américain du Bronx, dans son identité et sa stature, est effectivement un rôle inédit pour vous …

J’ai beaucoup mangé ! D’énormes quantités, constamment. Pour l’accent, qui est vraiment celui des italo-américains du Bronx, j’ai écouté des enregistrements, regardé des films pour comprendre l’accent mais aussi le vocabulaire. C’est très important que les termes employés soient les bons, ceux de l’époque. Mon père était de la même génération, comme Tony il était plus ou moins pauvre, mais à la campagne. C’est quelque chose sans doute typique de l’époque, les hommes de cette génération ont été racistes, c’était « normal », c’était dans les comportements. Comme Tony je crois que mon père était drôle, de temps en temps, et têtu. C’était un peu une version danoise de Tony ! (rires)

Si on part sur l’idée de faire un personnage qui n’est pas intelligent, alors on se moque. Il ne faut pas faire ça, car c’est donner un jugement plutôt qu’essayer de comprendre. Je voulais seulement comprendre le point de vue de Tony Vallelonga. J’ai appris de sa famille et surtout de Nick, son fils, heureusement pour moi il était là tous les jours.

Connaissiez-vous cette facette de Peter Farrelly, lui qui est connu pour de grands succès de comédies ?

A mon avis, il a fait avec Green Book un film au niveau du meilleur cinéma de Frank Capra et de Preston Sturges. Je crois qu’au Festival de Toronto, les gens du métier ont été bouleversés, ils lui ont dit «  mais comment as-tu fait ça ? Après Mary à tout prix, Dumb & Dumber… » (rires).

Mais je n’ai pas été surpris. J’avais lu un de ses romans, The Comedy Writer, 1998 je crois, ainsi que des courtes nouvelles, et je savais qu’il avait un côté « sérieux », qu’il était capable de le faire. Mais de toutes façons on ne sait jamais, il arrive à de grands réalisateurs de faire des mauvais films.

Avec Peter, tout a bien commencé, le premier jour de tournage il a rassemblé tout le monde, les acteurs, l’équipe technique, les chauffeurs, vraiment tout le monde, et il a dit « je ne sais pas tout, il y a des choses que j’ignore. On a une bonne opportunité pour faire ce film, chaque jour, pour faire des scènes. Si vous avez une idée, quelque chose à dire, n’importe quoi, dites-le moi, parce qu’on va faire ce film tous ensemble. » C’était une très belle manière de débuter.

On sent chez vous l’importance des liens entre les personnes au moment de faire un film.

Faire du cinéma, pour moi, c’est construire une famille. On la construit très vite, puis on la perd. C’est triste de se séparer ensuite, surtout quand les choses se passent bien et ce fut le cas pour Green Book. Mais on peut aussi rester proches. Par exemple, depuis Captain Fantastic, on s’écrit constamment avec les enfants, le réalisateur.

Je savais que si Mahershala participait, on ferait un très bon film.

Quand Peter Farrelly faisait le casting pour Green Book, j’ai immédiatement demandé qui allait faire Don Shirley. J’avais rencontré Mahershala Ali aux Oscars en 2017, et on avait parlé de notre métier mais aussi de nos familles, et ceci pendant une demi-heure, une éternité dans ces moments-là ! Quand Peter m’a dit qu’il pensait à lui, je lui ai dit « tu vas l’adorer ».

Greenbook est l’histoire d’une amitié improbable, et avec Mahershala Ali vous réussissez un duo qui passe par presque tous les sentiments.

Mahershala Ali est un très grand comédien, et un gentleman. On a commencé par les scènes dans la voiture, et pour qu’à l’image je le regarde dans le rétroviseur, je devais regarder la caméra. Je ne pouvais pas le voir, et lui ne voyait que l’arrière de ma tête. C’était dur de se parler comme ça, pendant quatre jours, mais finalement ça a été un bon exercice, parce qu’on était obligés de s’écouter très attentivement.

C’est comme ça qu’on a trouvé la musique de notre la relation, la bonne chimie. La première scène qu’on a tournée face-à-face est celle dans le dinner, et c’était difficile à tourner pour moi parce que je découvrais enfin ses réactions. Mais c’était surtout génial !

Green Book : sur les routes du Sud, un film de Peter Farrelly. En salles le 23 janvier 2019.

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