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L’Audition : entretien avec la réalisatrice Ina Weisse et l’actrice Nina Hoss

« L’Audition » est un film particulier, où se mêlent la délicatesse et la brutalité, la musique comme idéal et les conflits monotones du quotidien. Réalisé par Ina Weisse, le film dresse le portrait d’une professeure de violon, Anna Bronsky, interprétée par Nina Hoss. Nous avons eu la chance de les rencontrer pour parler plus en détail de « L’Audition », en salles le 6 novembre.

L’Audition raconte la préparation d’un jeune violoniste à une audition très importante, un élève que sa professeure va pousser dans ses derniers retranchements. Ce faisant, elle se montre tout aussi exigeante vis-à-vis d’elle-même, étendant ce principe d’audition, d’examen permanent, à l’ensemble de sa vie. Beau, brutal et émouvant, ce film est le troisième long-métrage de l’actrice-réalisatrice Ina Weisse, avec dans le rôle principal Nina Hoss. Nous les avons rencontrées.

L’Audition est un puissant portrait de femme. Qu’y a-t-il de personnel dans cette histoire ?

Ina Weisse : Le point de départ, c’est toujours quelque chose de personnel, ce qui n’exclut pas de faire des recherches en plus.  C’est un milieu que je connais très bien, pour avoir joué du violon très longtemps. Daphne Charizani, la co-scénariste, a joué elle du violoncelle aussi pendant des années, donc nous connaissons très bien le milieu musical. Mais au départ le scénario était centré sur l’homme, le mari, c’était lui le personnage principal. Au début il était ingénieur, il construisait des ponts, et marié à une femme violoniste. On a trouvé, petit à petit, que la femme était de plus en plus intéressante, et on a développé l’histoire en couches concentriques autour d’elle.

Cela arrive souvent quand on écrit, on veut raconter quelque chose mais l’histoire veut aller ailleurs.

Malgré la dureté d’Anna Bronsky, on ne peut s’empêcher d’éprouver de l’empathie pour elle.

I.W. : On n’a jamais évoqué le degré de sympathie qu’elle devait générer, mais ce qui est important c’est de ressentir les choses avec elle, et qu’on fasse le même chemin qu’elle, qu’on l’accompagne. Mais lors de l’écriture, j’ai tout autant aimé le mari et les enfants. Tous les acteurs ont un regard chaleureux, et c’est ce que je recherchais pour mes personnages.

Nina Hoss : L’idée était de faire un personnage avec plusieurs facettes, et décrire quelqu’un qui, quand le spectateur la découvre, a perdu son équilibre. Et en plus du travail, c’était aussi une grande joie de découvrir la personnalité de mon personnage, Anna Bronsky. Je l’avais déjà vue dans le scénario, sans comprendre tout de suite entièrement le personnage, mais elle a éveillé ma curiosité, et savoir comment quelqu’un en arrive à ces extrémités. Il a fallu se plonger en elle, et travailler avec finesse pour la cerner.

I.W. : Si ça se passe dans le milieu musical, c’est parce que ce monde exerce une forte pression sur cette famille. Et cette exigence que s’impose Anna à elle-même, et à son fils, elle l’a reçu de ses parents, et on se demande combien et jusqu’où elle va continuer à la transmettre. Elle se bat sur tous les fronts, en tant que mère, musicienne, et être humain. Et malgré tout ça, elle garde une forme de légèreté, sans vraiment de crispation, ce qui est sûrement d’autant plus dangereux.

Comment votre choix s’est-il porté sur Simon Abkarian pour le personnage de Philippe Bronsky ?

I.W. : J’ai vu Simon Abkarian dans le film Gett, le procès de Viviane Amsalem, et je l’ai rencontré à Paris, ça s’est fait très vite, je me suis tout de suite dit que c’était lui. Mais j’avais regardé avant beaucoup d’autres acteurs, dans leurs films, et finalement je n’en ai rencontré que deux, dont Simon Abkarian. Nous avons mangé tous les trois [avec Nina Hoss, ndlr], et ils étaient très bien ensemble. J’avais l’impression qu’ils étaient en couple depuis longtemps.

On ressent une grande précision dans L’Audition. Anna recherche la perfection, est-ce que vous aussi ?

I.W. : Il y avait d’un côté le travail avec les acteurs sur le plateau, pour arriver à concentrer davantage les choses, et de l’autre, avec la chef opératrice, la réflexion sur tous les détails, ce qu’on boit, ce qu’on mange, à quoi doit ressembler le fauteuil, etc. C’est à partir de cette somme de minuscules détails que le film se fait.

N.H. : En même temps que cette recherche de perfection dans les détails, on a cherché à trouver ce moment de magie, l’alchimie qui fait qu’on n’est plus dans le contrôle. Il faut se préparer autant qu’on le peut, avant, puis le jour du tournage se libérer de tout ça et y aller. Et c’est précisément ce qu’Anna, dans le film, est incapable de faire le jour du concert.

C’est la peur de tout artiste, que ce soit sur une scène de théâtre, un plateau de cinéma, ou pour le peintre qui doit lancer son premier coup de pinceau. Il y a toujours la peur de ne pas y arriver, de ne pas réussir à se relâcher. Et malgré le fait qu’Anna connaît et entend le son qu’elle voudrait obtenir, elle n’y arrive pas.

I.W. : Ce qui m’intéresse le plus, c’est le processus de travail. Comment on arrive à construire quelque chose, que ce soit un morceau de musique ou un bâtiment. J’ai réalisé en 2008 un film sur l’architecture, et ce qui m’intéressait était le passage de la pensée au bâtiment. Pour L’Audition, j’ai voulu montrer le travail sur un morceau, comment Anna travaille avec son élève, plutôt que juste montrer le résultat sur scène. Je voulais montrer ce que, en général, on ne voit pas.

L'Audition

Nina, vous avez joué dans trois saisons de la série Homeland, quelles sont les différences avec une production comme L’Audition ?

N.H. : il y a toujours une partie du travail qui ne change jamais. Quand la caméra tourne, il faut jouer, et c’est donc très semblable d’un tournage à un autre. Ce qui change, entre Homeland et un film comme L’Audition, c’est le temps de préparation et de réflexion, et le temps qu’on a pour échanger avec les autres. Tout ce qui peut se passer autour de vous au moment de vous concentrer, c’est aussi une différence.

Ce sont deux dispositifs de production très différents, qui ont chacun leurs bons côtés. Le travail sur un film comme L’Audition est peut-être plus profond et plus intéressant parce qu’il y a plus de temps, une ressource qui manque quand on travaille sur des séries, où le geste est plus rapide. Mais c’est aussi très intéressant, et peut-être qu’on s’y abandonne plus ! Donc la grosse différence pour moi ne porte pas sur le travail d’acteur, mais plutôt sur la production qui est tout autour.

Comment s’est passé le tournage avec les enfants ?

I.W. : Avec l’élève, Alexander, joué par Ilja Monti, qui lui est musicien, il fallait travailler de manière physique, parce qu’il n’avait jamais joué avant. Il a fallu le bousculer un peu pour qu’il puisse entrer physiquement dans le rôle, alors que Serafin Mishiev, qui joue le fils d’Anna, est déjà un acteur, il a vite compris son rôle. Ce qui était incroyable, c’est qu’Ilja n’avait aucune espèce de crainte envers la caméra, je n’ai jamais eu le sentiment qu’à un moment précis il se mettait à « jouer ». Dans la scène où il devait frapper Anna avec son archet, c’était par contre très difficile pour lui, il ne voulait pas, et il rangeait toujours son instrument avec délicatesse. À l’inverse, certains figurants manipulaient leurs instruments sans soin, on les recadrait, il faut quand même avoir l’amour de son instrument !

 

L’Audition, de Ina Weisse. En salles le 6 novembre. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

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