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Le Déserteur : rencontre avec le réalisateur Maxime Giroux

Le film Le Déserteur suit le périple d’un imitateur de Charlie Chaplin dans un Ouest américain hostile et déshumanisé. Une fable visuellement impressionnante, avec un sous-texte politique sombre et pessimiste. Nous avons pu rencontrer son réalisateur Maxime Giroux, et parler avec lui de cette oeuvre si particulière.

Maxime Giroux est tout à l’inverse de son film. Rieur, loquace, il est très heureux de parler de son film Le Déserteur (notre critique ici), avec Martin Dubreuil en premier rôle, et des personnages uniques interprétés par Reda Kateb et Romain Duris, entre autres. Le Québecois de 43 ans était à Paris, et nous avons eu la chance de pouvoir lui poser quelques questions.

Comment présenter Le Déserteur, qui semble échapper à un genre précis ?

Le film est construit sur l’illusion d’un genre, cela évoque la guerre mais c’est l’histoire d’une fuite de la violence, jusqu’à se trouver dos au mur et réagir aussi violemment. Il y a dans le film ces images de gueules cassées, pour illustrer la perte d’identité à laquelle cela peut mener. Le fait d’utiliser la ou les guerres, son concept, permet aussi de rappeler le contexte contemporain, avec sa grande violence.

Le titre original québecois est La Grande Noirceur, une référence à la période au Québec où le clergé avait la main sur tout, avec un contrôle presque absolu sur les populations. Il y avait une grave oppression, et le film nous rappelle que l’oppression est toujours là. Ce n’est plus le clergé, mais la société consumériste.

Le Déserteur est un film sombre, très pessimiste. Vous l’êtes aussi ?

C’est un équilibre, les gens qui font de l’humour sont des gens très tristes. Pour trouver l’équilibre, ils doivent faire rire les autres. C’est mon cas, à l’inverse. Pour avoir mon équilibre, je dois laisser aller mon côté sombre. C’est mon côté schizophrène, avec tous les films publicitaires que j’ai pu faire par ailleurs.

Aviez-vous des cinéastes en tête, des inspirations pour faire ce film ?

Non, je n’y pense pas vraiment, sûrement qu’inconsciemment ça joue mais j’essaye de ne pas trop analyser, comme quand au contraire je dois le faire pour un film publicitaire, où il faut présenter des références. J’admire les frères Dardenne, mais on en est très loin dans Le Déserteur. Il y a peut-être la cruauté d’Haneke ! Dans l’ensemble, je pense que j’ai réussi à m’affranchir des cinéastes que j’aime.

Comment s’est fait le casting, avec notamment Martin Dubreuil et deux acteurs français de poids ?

J’ai dit à Martin, « on a un projet, si tu dis oui maintenant on l’écrit, si tu dis non on ne l’écrira jamais. » Pour moi ça devait être lui, il a cette humanité dans son visage, il est capable de beaucoup avec peu, sans rien dire. C’est une personne qui utilise très bien son corps, et il a autant de candeur que de violence. il a tout. C’est un ami très proche, et comme on avait aucun budget, il n’y a qu’aux amis qu’on peut demander ça !

Je suis chanceux, mes producteurs sont aussi ceux de Xavier Dolan, et ça ouvre plus facilement les portes. On envoie des mails, on demande. Romain Duris n’avait que trois jours de tournage, il a dit « ok j’ai envie de participer », et il est venu. Pour Reda Kateb, on l’a attendu plusieurs jours, dans le Nevada, il attendait son permis de travail, et puis un jour on apprend qu’il arrive le soir, pour tourner le lendemain. On l’a fait comme ça, à la bonne franquette. Il y avait un plan, mais le plan était tout le temps adapté. On était loin du modèle industriel, et j’ai adoré cette expérience.

La figure de Charlie chaplin est centrale dans le film. Pourquoi ?

Pour moi, c’est l’essence du cinéma.C’est un être d’une humanité incroyable, un homme naïf et presque sans-abri, et en même temps une icône du cinéma américain, comme Marilyn Monroe par exemple. Et il a participé à vendre le rêve américain, et son capitalisme, qui en réalité est à l’opposé de ce qu’il incarne. Son personnage est hors société, mais il est néanmoins contrôlé par un système, et il ne peut ni s’y conformer ni s’en échapper, dans un grande sensation d’impuissance.

Il y a ça, et mon envie après mon film précédent, qui était peut-être un peu moins cinématographique, de jouer avec le cinéma, le genre. Et Chaplin est une porte pour le faire. Mais mon personnage est un imitateur, et c’est quelque chose qui est très présent dans l’esprit québecois, on habite en Amérique et on a cette pression du monde anglo-saxon, d’une culture de la globalisation. Chaplin a cette puissance évocatrice. Et puis il y a enfin son discours dans Le Dictateur, 80 ans plus tard c’est encore tout à fait pertinent !

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