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Microhabitat : entretien avec la réalisatrice Jeon Go-woon

Mise à l’honneur par la Section Portrait du 13e festival du film coréen à Paris, nous avons rencontré la réalisatrice Jeon Go-woon, révélée par son premier long-métrage, « Microhabitat ». Nous l’avons questionné sur sa vision de la société et son regard, a priori, pessimiste, né d’une observation personnelle des inégalités homme/femme.

Chaque année, le festival du film coréen à Paris met en lumière un.e auteur.e par le biais de sa Section Portrait. Celle-ci permet aux festivaliers de découvrir la filmographie complète d’un.e cinéaste en devenir en diffusant ses courts-métrages et son premier long. Pour cette 13e édition, c’est Jeon Go-woon qui a été choisie. Une réalisatrice qui se dit énervée contre la société, et notamment sur ce qu’elle fait subir aux femmes. Pourtant, si elle se dit violente, son cinéma, lui, apparaît plutôt doux, bien que porté sur des sujets toujours difficiles. Jeon Go-woon se révélant comme une cinéaste de l’observation.

Avec Too Bitter to Love, son premier court-métrage, elle s’attaquait au viol et faisait le constat de l’impossibilité pour une victime, en Corée du Sud (mais cela pourrait s’appliquer ailleurs), d’en parler. Son second, Bad Scene, met en scène quant à lui une actrice réduite à un rôle de call-girl dans un film, et malmenée par le réalisateur – avec toujours la violence sexuelle en ligne de mire. Avec Microhabitat, son premier long-métrage, Jeon Go-woon s’est adoucie en racontant comment une trentenaire va doucement perdre son logement et se diriger vers la rue. Un film plus soft, mais qui témoigne, encore avec un certain pessimiste, d’un manque d’humanité au sein de la société. Rencontre d’une auteure intrigante et à surveiller avec attention.

 

Pouvez-vous me résumer rapidement votre parcours et ce qui vous a amené au cinéma ?

Je suis née et j’ai grandi à la campagne. Déjà, la Corée du Sud est un pays assez conservateur, mais alors dans ces campagnes, comme vous pouvez l’imaginer, c’est encore plus prononcé. Quand j’étais petite, j’étais une enfant assez calme, mais on me trouvait bizarre, car j’avais tendance à un peu trop dire ce que je pensais. Au lycée, j’ai découvert le cinéma et je me suis rendu compte qu’il y avait une variété d’œuvres, des films parfois très spéciaux, mais que les cinéastes étaient quand même respectés. C’était donc logiquement vers cet univers que j’ai voulu aller.

 

Pourquoi la réalisation en particulier ?

Je suis quelqu’un qui refuse l’injustice et ne peut se taire devant. J’ai beaucoup de colère en moi et j’avais besoin de quelque chose pour me défouler, pour porter ma voix. La réalisation m’a permis d’écrire et de raconter les histoires comme je le souhaite.

 

Vous vous dites en colère, mais ça ne se ressent pas forcément dans votre démarche, bien que les sujets le soient.

Oui, les histoires que je raconte sont plus violentes que ce qu’on peut voir dans de nombreux films en Corée, parce qu’ils montrent le contexte actuel du pays. Mais si vous prenez mes premiers films, vous pouvez déceler tout de même une image violente. Sauf que du coup, on m’a vite catalogué, considérant mon travail comme un cinéma de femme, féministe. Ce que je ne voulais pas. J’ai donc compris, avec l’expérience, que ce n’était peut-être pas la bonne approche. Qu’il fallait peut-être trouver une méthode plus subtile de m’exprimer, sans aller dans la violence frontale.

Microhabitat : entretien avec la réalisatrice Jeon Go-woon

Ce qui est davantage le cas avec Too Bitter for Love, votre premier court-métrage, qui met face au viol de manière glaçante.

Je dois avouer que j’étais assez terrifiée à l’idée de m’attaquer au sujet du viol. Mais ça me semblait important d’en parler, parce que pour la plupart des gens, tant que ça ne leur arrive pas, ils ne pensent pas que ça existe. Or, chaque jeune fille peut être confrontée à cette situation. Et tout ce qu’elle peut faire par la suite, c’est continuer à avancer comme si de rien n’était. Le problème étant que la sexualité reste encore un tabou en Corée et que les adolescents n’ont pas la possibilité d’en parler avec leurs parents, même sans qu’il s’agisse de viol. Je pense que c’est tragique et qu’il faudrait vraiment que les filles se sentent libre d’en parler.

 

Vous parliez d’éviter la violence frontale, ce fut le cas avec Microhabitat, qui dispose même d’éléments comiques.

Oui. Le plus important pour moi était de toucher le plus large public possible. C’est pour cela que j’ai tenté d’alléger le film avec des passages d’humour burlesque. Aussi, quand j’ai commencé à étudier le cinéma, j’adorais le genre de la comédie noire, sans parvenir pour autant à en faire. J’ai demandé à un professeur comment aborder ce genre et il m’a expliqué que pour exceller, je devais moi-même toucher le fond. C’est assez juste de sa part et je pense que c’est ce qui m’a permis de donner cette tonalité au film.

 

Ce désir de pointer les problèmes de la société, surtout à l’égard des femmes, d’où est-il né ?

Avec le recul, je crois que je dois remercier ma grand-mère pour ça. Je me souviens que lors de périodes de fêtes où toute la famille se retrouvait chez elle, j’étais frappé par le fait que seules les femmes s’occupaient de préparer la nourriture. Les hommes, eux, pouvaient s’amuser en attendant. Et quand on était à table, il y avait d’un côté la table des hommes, avec les plats, et sur la table des femmes, il n’y avait que les restes. J’avais alors à peine 5-6 ans et ça m’a vraiment frappé. Cette condition des femmes, je souhaite la dénoncer, mais également, avec mes films, j’essaie de réconforter un peu les femmes, en montrant un autre monde possible.

 

Dans l’ensemble, que ce soit dans vos propos ou dans votre cinéma, on ne voit pas beaucoup d’espoir.

De nature, je suis quelqu’un d’assez pessimiste, mais je ne dirais pas que rien ne peut changer en Corée. Je crois que je ne suis pas assez courageuse pour prendre cette position. Dans le fond, je pense qu’il y a une petite lueur d’espoir et qu’à force de montrer ce qui ne va pas, les choses finiront par changer en Corée.

Propos recueillis par Pierre Siclier

Microhabitat de Jeon Go-woon, présenté lors du 13e festival du film coréen à Paris du 30 octobre au 6 novembre 2018. Ci-dessous la bande-annonce.

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