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Entretien avec John Knoll, le magicien derrière les FX de vos films préférés

John Knoll porte avec lui beaucoup du mythe hollywoodien. Directeur d’ILM, la légendaire boîte d’effets spéciaux et visuels de George Lucas, il supervise les effets visuels des films les plus attendus des décennies passées et à venir. Ce passionné de cinéma, presque incidemment aussi créateur de Photoshop, est à Paris dans le cadre du Paris Images Digital Summit 2019. Nous l’avons rencontré.

L’homme, les yeux bleus et la carrure imposante, est assis, seul. Dans cet établissement emblématique des Champs-Elysées, habitué à la fréquentation des stars françaises et internationales, on pourrait s’attendre à un entourage nombreux, affairé et protecteur. Mais non, John Knoll, rouage essentiel de l’industrie hollywoodienne, est bien seul, souriant et accessible, attablé devant un café et quelques madeleines.

A 56 ans, le directeur de la création d’Industrial Light & Magic (ILM), société créée par Georges Lucas en 1975 et aujourd’hui propriété de Disney, compte des films majeurs à son actif. Pour ne citer que les plus célèbres, il a supervisé les effets visuels de la prélogie Star Wars (1999-2005), ainsi que ceux des trois premiers Pirates des Caraïbes. Pour le deuxième, il obtient l’Oscar des meilleurs effets visuels en 2007.

A Paris pour le Paris Images Digital Summit, il a accepté de répondre à nos questions sur son parcours, sur la naissance de Rogue One : A Star Wars Story, sur son métier et vers quoi celui-ci évolue.

A noter qu’il assurera une Master Class vendredi 1er février au Centre des arts d’Enghien-les-Bains. Un événement qui débutera à 19h et sera suivi de la projection de Rogue One : A Star Wars Story.

Quel est, au quotidien, l’aspect qui vous plaît le plus dans votre travail ?

Ce que je préfère, c’est vraiment le travail avec les artistes, j’ai toujours adoré le travail d’équipe. Les effets visuels, par nature, exigent un travail collaboratif et nous avons la chance d’avoir chez ILM (Industrial Light and Magic) beaucoup d’artistes talentueux, chacun avec sa spécialité. L’enjeu est de parvenir à une coordination parfaite de ces talents pour accomplir les objectifs.

Et sur chaque projet, si le planning le permet, j’essaye de faire moi-même certaines parties du travail. Sur Rogue One par exemple, j’ai réalisé moi-même quelques prises.

A propos de Rogue One, un des plus gros succès de la saga Star Wars, l’idée originale et l’initiative du projet vous reviennent. Comment est-ce arrivé ?

Tout a débuté peu après l’annonce de Kathleen (Kathleen Kennedy, présidente de LucasFilm, ndlr) concernant la troisième trilogie. Tout le monde pouvait deviner que ce serait dans la continuité de l’histoire Skywalker. Mais nous étions plusieurs à penser aussi à des films Star Wars distincts de cette histoire, et il y avait beaucoup de discussions sur ce que ça pourrait être.

Alors, et c’était presque pour rire, j’ai dit : « Imaginez la Seal Team 6 dans l’univers Star Wars, engagée dans une mission désespérée pour dérober les plans de l’Etoile Noire. »

J’ai continué à y penser, les personnages, l’intrigue, et un jour j’ai pitché dans le détail à un ami, qui m’a dit que je devais absolument prendre rendez-vous avec Kathleen, immédiatement ! J’ai pensé : il a raison, si je ne le fais pas je me demanderai toute ma vie ce que ça aurait été. J’ai donc pris rendez-vous et j’ai présenté mon idée. Quelques temps après, Kathleen m’a annoncé qu’on se lançait.

Vous êtes un passionné de cinéma et de Star Wars, ce devrait être un moment très particulier pour vous.

J’ai toujours adoré le cinéma, mais la révélation a véritablement été Star Wars : La Guerre des étoiles en 1977. C’est donc évidemment un privilège d’avoir ensuite été engagé par Georges Lucas dans sa société et de travailler sur les films Star Wars. Le rêve est devenu réalité !

Par ailleurs, en grandissant je me suis fait des héros, des gens que je considère être les meilleurs de l’industrie : Ray Harryhausen, Derek Meddings, Dennis Muren, Douglas Trumbull, Ken Ralston, Richard Edlund. J’ai eu par la suite la chance de collaborer étroitement avec Denis Muren et Ken Ralston.

Vous travaillez avec James Cameron et Georges Lucas, deux véritables légendes. Qu’ont-ils en commun, et qu’appréciez-vous dans ces collaborations ?

 Ils sont tous les deux brillants, chacun à leur manière. Ce qu’ils ont en commun, en tant qu’artistes, c’est qu’ils ont une vision très élaborée de ce qu’ils veulent créer, et qui s’articule dans des détails géniaux.

James Cameron a la réputation d’être difficile, mais c’est plutôt qu’il est très exigeant. Ce qui me motive dans une collaboration, c’est de travailler avec quelqu’un qui a bon goût, ainsi qu’une vision claire, consistante et détaillée de ce qui doit être fait. James Cameron a toutes ses qualités, et c’est un plaisir de travailler avec lui.

George Lucas est plus collaboratif, et il insiste pour que tout le monde propose ses idées, qu’il modère ensuite. Surtout, il ne limite jamais sa pensée à ce qu’il sait déjà, il va écrire des idées, et puis dire « je sais que vous allez vous débrouiller pour trouver une solution. ». C’est génial de travailler avec Georges Lucas, parce que c’est beaucoup de challenges, c’est excitant et c’est ce qu’on aime dans notre travail.

Il y a, parallèlement à votre carrière dans l’industrie du cinéma, un certain fait d’armes : vous avez créé le logiciel Photosphop.

Je travaillais déjà chez ILM quand avec mon frère nous avons créé Photoshop. Je travaillais la nuit, de dix-neuf heures à cinq heures du matin. Je rentrais me coucher puis me levais peu après midi. J’avais donc l’après-midi pour travailler à ce projet, rencontrer des gens pour des démonstrations, des négociations.

Photoshop n’existerait pas si à l’époque je n’avais pas travaillé de nuit !

Photoshop a été une innovation majeure pour l’image, pouvez-vous nous dire quelle sera la prochaine ?

C’est toujours difficile de prédire, parce que les innovations viennent des problématiques rencontrées lors de projets. On lit un script, et on ne sait pas forcément comment le réaliser. La solution qu’on apporte peut alors avoir par la suite une grande influence. Cela dépend des challenges que proposent les projets.

Cependant, aujourd’hui, nous découvrons que l’IA et le machine learning ont beaucoup d’applications possibles dans notre travail. Par exemple, nous avons un machine learning « denoiser », qui nous permet de nettoyer profondément les images de leur bruit. Avant nous laissions tourner un ordinateur pendant plusieurs dizaines d’heures pour chaque image, aujourd’hui, grâce au machine learning, le temps est réduit à quelques heures, c’est un gain très important.

D’une certaine manière, votre métier est de résoudre des problèmes pour permettre au mieux l’expression des arts visuels ?

Je viens d’une famille d’ingénieurs, et de professionnels de la médecine, alors les dimensions d’ingénierie et de résolution de problèmes ont toujours été présentes dans ma vie. Mais chez moi l’expression artistique est aussi très importante, et ces deux univers se marient à la perfection dans la fabrication d’effets visuels : c’est une volonté artistique, mais avec un aspect technique fondamental, et j’adore travailler à leur harmonie.

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