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Tel Aviv on Fire : entretien avec le réalisateur Sameh Zoabi

À l’occasion de sa sortie en salle le 3 avril 2019 de « Tel Aviv on Fire », on a rencontré le réalisateur Sameh Zoabi.

Film frôlant l’absurde sur des sujets sérieux comme la géopolitique dans le Moyen Orient, l’abus de pouvoir, le mensonge mais aussi la création artistique, Tel Aviv On Fire se révèle une belle et franche réussite.

Nous avons interviewé Sameh Zoabi, de passage en France pour la présentation de son film Tel Aviv On Fire. Il nous a expliqué l’importance pour lui de traiter le conflit israélo-palestinien autrement que sur un ton tragique et le point de départ de son scénario. Il a évoqué son plaisir à construire la relation entre ses personnages de Salam (Kais Nashif) et Assi (Yaniv Biton ) et à se moquer de ceux qui croient qu’il est facile de devenir scénariste.

Tel Aviv on Fire, comédie ancrée dans la réalité du conflit israélo-palestinien, est donc la preuve que l’on peut faire rire sur ce sujet ?

Sameh Zoabi : Pour moi, il ne s’agissait pas seulement de faire rire, mais de permettre au public d’avoir une certaine distance grâce à l’humour vis-à-vis de ce sujet dont il semble peut-être las de voir traité de façon tragique. C’est très difficile aujourd’hui d’être en compétition avec les images immédiates de la réalité et des réseaux sociaux comme Facebook, car les gens peuvent vite croire qu’il s’agit de propagande. Ce qui m’a le plus intéressé, ce n’était pas de parler d’occupation physique d’Israël en Palestine, mais plutôt de montrer le processus mental de narration et de construction d’un film. Comme je l’avais déjà fait dans mon précédent film Téléphone Arabe, ce n’est pas du tout un effort de faire une comédie, c’est juste la seule façon de survivre. Le challenge c’est de rendre le public heureux même si ce que l’on raconte est tragique. Car raconter des histoires misérables, où on souffre tout le temps, c’est suicidaire.

Vous avez été tout de même très audacieux avec cette histoire de malentendu de bombe qui bloque Salam au checkpoint de Ramallah ?

Sameh Zoabi : Je devais absolument trouver une raison qui soit crédible pour qu’il soit arrêté au check point. J’ai mis du temps, mais dès que j’ai eu l’idée de ma punchline, que j’ai trouvée intelligente, mon scénario a été écrit en un mois.

Vous avez pris le parti de vous moquer de la façon dont évolue ce scénariste qui n’en n’est pas un au départ ?

Sameh Zoabi : Après avoir étudié le cinéma pendant deux ans à New York, j’ai dîné avec mes amis en leur expliquant mon sentiment d’artiste et la difficulté d’être un réalisateur. Cette discussion les mettait mal à l’aise et les faisait rire, car avec tout ce qu’ils connaissent dans leur vie, je ne pouvais pas parler de ça, c’était dérisoire. Mon film traite en effet des limites et des perspectives universelles de l’artiste, et il a lui-même évolué et été réécrit en fonction du processus, des financeurs, du casting. Je montre aussi comment l’inspiration vient aux scénaristes, soit de la vraie vie, mais aussi des suggestions et interprétations de beaucoup de gens. Partout où je vais, dans mon pays où lorsque je suis invité, il y a toujours quelqu’un pour me dire « J’ai une bonne idée pour vous ». Je m’en moque quand je fais dire à un personnage dans mon film : « la différence entre un scénariste et n’importe qui, c’est que le scénariste s’assied et écrit ».

Vous diriez que la relation entre Salam et Assi est une amitié ?

Sameh Zoabi : Non je ne la vois pas comme une amitié, mais plutôt comme le début d’une dynamique entre ces deux hommes qui sont pris au piège dans la réalité de leurs deux pays. Assi est un officier à l’image de son pays et grâce à ce soap opera, il essaye de se reconnecter avec sa femme qui en est fan et Salam essaye de faire la même chose avec son ex petite amie. Cette lutte quotidienne, qui ne les montre jamais égaux car l’armée israélienne oppresse les palestiniens, les fait se connecter entre eux. Je veux rappeler par ce film que les deux ont bien plus en commun qu’ils ne le pensent. Cette génération a grandi et a été déçue par les accords d’Oslo. On a assez perdu de temps à se détester, à avoir des approches différentes et à se voir ou se considérer en victime. Le film propose une solution optimiste qui aborde autant avec gravité que d’humour que chaque côté peut avoir les mêmes intérêts.

Vous avez participé au Sundance Screenwriters Lab, qu’en avez-vous retiré comme expérience ?

Sameh Zoabi : Oui, j’y ai participé mais pas avec ce film. Mon scénario, que j’ai abandonné depuis, était une tragédie mais à Sundance, j’ai réalisé que je pouvais traiter une réalité aussi bien sous la forme grave que de l’entertainment et ça m’a rendu assez fort pour définir ma propre voix.

 

 

Tel Aviv On Fire de Sameh Zoabi, en salle le 3 avril 2019 –  Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

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