La Rivière rouge : John Wayne et Montgomery Clift avaient beaucoup de mal à se supporter

Des tempéraments opposés

La Rivière rouge : John Wayne et Montgomery Clift avaient beaucoup de mal à se supporter

Première collaboration entre Howard Hawks et John Wayne, "La Rivière rouge" révèle un jeune acteur prometteur : Montgomery Clift. Le courant passe mal entre les têtes d’affiche, deux personnalités aux tempéraments opposés desquels le réalisateur va tirer profit.

La Rivière rouge : un voyage périlleux

Cinéaste accompli et éclectique ayant déjà signé Scarface, L’Impossible monsieur Bébé, Seuls les anges ont des ailes ou encore Le Port de l’angoisse, Howard Hawks tourne son premier western en 1946 avec La Rivière rouge, si l’on met de côté son aide apportée à Howard Hughes sur Le Banni. L’excentrique milliardaire accusera d’ailleurs le réalisateur de l’avoir plagié, ce qui retardera la sortie du film de deux ans.

La Rivière rouge raconte l’histoire de Tom Dunson (John Wayne), qui quitte sa compagne Fen (Coleen Gray) et son convoi pour élever du bétail avec son ami Groot (Walter Brennan) au Texas. Peu de temps après, ils apprennent que leur caravane a été décimée par des Indiens et recueillent son unique survivant, le jeune Matt.

Des années plus tard, Tom, Groot et Matt (Montgomery Clift) ont développé un véritable empire près du Rio Grande mais ne trouvent aucun acquéreur dans le Sud des États-Unis. Dunson décide donc de conduire son troupeau de dix mille bêtes dans le Missouri, et réunit pour cela un groupe d’hommes. Le périple se révèle particulièrement dangereux et Tom prend des mesures de plus en plus tyranniques pour continuer d’avancer.

La Rivière rouge
Tom Dunson (John Wayne) - La Rivière rouge © Wild Side

Peu à peu, ses hommes commencent à se rebeller. La situation arrive à un point de non-retour et Matt prend le contrôle du groupe. Tom promet à son fils adoptif de le retrouver, et de l’abattre. Joanne Dru et John Ireland complètent la distribution de ce long-métrage qui évoque à travers un voyage et des relations conflictuelles des thèmes comme le vieillissement ou la cupidité.

Deux personnalités aux antipodes

Avec La Rivière rouge, John Wayne trouve un rôle plus complexe que les personnages qu’il incarne dans La Chevauchée fantastique, Les Hommes de la mer ou encore Les Sacrifiés de John Ford. Après avoir découvert sa performance dans le western de Howard Hawks, le cinéaste déclare d’ailleurs :

Je ne savais pas que ce fils de p*te pouvait jouer.

Il lui offre par la suite des protagonistes plus étoffés, que ce soit dans L’Homme tranquille, La Prisonnière du désert ou L’Homme qui tua Liberty Valance. Quant à son partenaire Montgomery Clift, comédien de théâtre réputé, La Rivière rouge l’impose comme une star hollywoodienne.

Alors que la tension entre Tom et Matt ne fait que croître jusqu’au final, celle entre leurs interprètes respectifs est d’emblée présente sur le plateau. Selon le British Film Institute, Montgomery Clift est "repoussé" par le machisme de John Wayne, tandis que ce dernier qualifie le jeune premier de "petit bâtard arrogant".

La Rivière rouge
La Rivière rouge © Wild Side

Les deux acteurs ont des convictions politiques opposées et préfèrent s'éviter en dehors des prises de vues. Plutôt que de filmer une compétition viriliste, Howard Hawks se sert des différences entre ses deux têtes d’affiche. Il demande à Montgomery Clift d’accentuer son attitude "cool" et "pensive", qui contraste avec la férocité et la force physique de John Wayne. Co-réalisatrice du documentaire Making Montgomery Clift, Hillary Demmon déclare à propos du premier, citée par The Guardian :

Monty a apporté une masculinité différente à l’écran. Voilà quelqu’un qui était vulnérable et sensible – et qui écoutait réellement les femmes.

Difficile de battre John Wayne

Lorsqu’il découvre Montgomery Clift, John Wayne ne masque pas son scepticisme. Howard Hawks raconte à ce sujet, selon The New Yorker :

Quand il a vu Clift pour la première fois, il (John Wayne) a dit : 'Howard, tu penses qu’on peut faire passer quelque chose entre ce gamin et moi ?' J’ai dit : 'Je pense qu’on peut'. Après deux scènes, il a dit : 'Il peut tenir le coup, mais je ne pense pas que nous pourrons nous battre'. J’ai dit : 'Duke, si tu tombes et que je te donne un coup de pied dans la mâchoire, je pense qu’il y aura une sacrée bagarre, tu ne crois pas ?'

Un affrontement qui clôt La Rivière rouge et au cours duquel le fils adoptif prend brièvement le dessus sur sa figure paternelle. Montgomery Clift se montre déçu de ce duel et n’hésite pas à le faire savoir au réalisateur, qui aurait accordé une faveur à un John Wayne soucieux de se dévoiler en mauvaise posture. D’après Todd McCarthy, auteur de la biographie Howard Hawks, le cinéaste lui aurait répondu :

À chaque fois que tu penses que tu vas faire apparaître John Wayne mal en point, quelque chose d’autre se passe.

Howard Hawks et John Wayne se retrouvent sur Rio Bravo, Hatari !, El Dorado et Rio Lobo. Montgomery Clift se voit proposer un rôle dans le premier mais refuse, peu enthousiaste à l’idée de travailler à nouveau avec l’acteur et leur partenaire Walter Brennan. Ils donnent finalement la réplique à Dean Martin, parfait dans la peau d’un adjoint du shérif rongé par l’alcoolisme.

 

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