Carnivores : un amour sororal dévorant en Blu-ray

Quand l’amour entre deux sœurs se retrouve mis à mal par une compétition sans fin. C’est cette approche dramatique et psychologique que « Carnivores » se plaît à traiter et vous invite à découvrir en Blu-ray et DVD.

Dirigé par les frères Jérémie et Yannick Rennier (Nue Propriété), Carnivores est leur premier crédit de réalisateur malgré de nombreux rôles interprétés au cinéma et à la télévision depuis les années 1990. Sans être pour autant autobiographique (heureusement !), l’œuvre s’inspire de leur connexion en tant que membres de la même famille en explorant le lien unissant Mona (Leïla Bekhti) et Samia Barni (Zita Hanrot).

Carnivores : une relation carnassière (presque) sans hémoglobine

La première est une jeune actrice célibataire désespérément à la recherche d’un rôle qui puisse faire décoller sa carrière. Non pas pour la célébrité (quoique ce ne serait pas de refus) mais pour lui permettre de joindre les deux bouts. Car oui elle ne tire aucune fierté de son existence menée au crochet de sa petite sœur qui bénéficie, elle, d’une place confortable dans ce même milieu. Comment ne pas être envieux de Samia ? Elle est populaire, est la tête d’affiche d’un métrage en tournage, et est en couple avec un chic type prénommé Manuel (Bastien Bouillon) avec qui elle a même un enfant ! L’aînée se retrouve à jouer la baby-sitter pour le couple dont elle est également la colocataire.

Mona piétine dans une impasse jusqu’à ce que la seconde protagoniste lui offre un travail sur un coup de tête : endosser la casquette d’assistante dans l’optique de l’aider à mémoriser ses lignes. Peu convaincue, elle finit par accepter en mettant ses doutes de côté. Il lui faut abattre ses barrières en travaillant sa sociabilité, se faisant des amis parmi l’équipe alors que sa sœur s’isole en parallèle. Celle-ci semble épuisée, à bout de souffle. Sa situation familiale mais aussi professionnelle lui échappent des doigts. Une crise de nerfs lors d’une scène lui fait quitter le plateau en furie avant d’énoncer ses envies de suicide. L’actrice disparaît du jour au lendemain sans laisser de traces. Mona se sent responsable de son garçon et s’improvise mère tandis qu’elle se rapproche doucement du père.

Cela ne fait pas de doute : la distribution est convaincante dans ses performances mais le duo principal ne peut que rarement livrer le meilleur de lui-même (si ce n’est la crise de Sam). Pour cause, une écriture qui ne se hasarde pas à épouser à bras ouvert la noirceur nécessaire à l’épaississement de son scénario. Oui, plusieurs querelles ont lieu entre les protagonistes féminines que ce soit avant ou après l’ellipse narrative. Mais qui ne s’est jamais disputé avec un proche ? Personne ! Qui a été jusqu’à imiter le climax ? Très peu espérons. Pourtant, a priori, aucune ne semble receler en elle la dérive mentale nécessaire à de tels actes meurtriers. Faute aussi à des personnages assez caricaturaux où deux esprits opposés ne cessent de lutter l’un contre l’autre. L’une est introvertie et au chômage, la seconde est exubérante et en pleine apogée. La jalousie se comprend, mais encore une fois rien ne semble justifier cette fin qui aurait nécessité une dose de malsanité plus prononcée durant ces 86 minutes. Pas besoin de se la jouer Hannibal Lecter non plus (ce n’est en aucun cas un clin d’œil au titre et à sa passion pour la viande) mais le film manque définitivement de folie.

Là où Carnivores tombe aussi à plat, c’est dans ce qui paraît être un sous-entendu lesbien et incestueux lors de deux scènes (dont l’une où elles sont l’une sur l’autre sur un lit et l’autre où Samia l’embrasse sous l’effet de l’alcool). Cet aspect passionnel retombe comme un soufflé dès lors que cette dernière est portée disparue. Pourquoi s’être lancée sur cette voie pour s’arrêter deux mètres après la ligne de départ ? Ce désir charnel disparaît dans la seconde partie en laissant pantois. Peur de choquer ? De ne plus être adapté pour un public relativement large ? Encore une fois, ça pèche par un rejet total de prise de risque.

En dépit de ces bas, ce divertissement parvient à capter l’attention sans provoquer un ennui profond et la photographie est agréable à l’œil grâce à ses décors et cadrages soignés. Il ne reste plus qu’à espérer que Yannick et Jérémie Rennier parviendront à s’affranchir des limites du politiquement correct s’ils tentent à nouveau de se lancer dans une telle réalisation. L’idée était là, mais son développement mal mené.

Les éditions commercialisées

À notre connaissance, Carnivores est uniquement disponible en France sur le marché de la vidéo et possiblement en Belgique. C’est à l’éditeur AB Vidéo qu’est revenu la tâche de le rendre accessible au public par le biais d’un DVD et d’un Blu-ray. Les boîtiers sont standards et il n’existe pas d’éditions limitées proposant un packaging exclusif (steelbook par exemple) ou des bonus supplémentaires.

De gauche à droite : DVD, Blu-ray

Test Vidéo/Audio

Le matériel utilisé pour filmer Carnivores est inconnu ainsi que la résolution du master final. Un tournage numérique achevé en 2K est probable au vu de l’image ultra-léchée, ciselée et sans grain fortement apparent. En soi, la galette bleue a tout pour plaire à ceux appréciant une esthétique réaliste à des lieux des visuels invraisemblables des blockbusters et de leurs incrustations. Les couleurs ne se noient pas sous les filtres ni ne souffrent d’une désaturation appuyée. Au contraire, elles paraissent principalement naturelles (bien que parfois bleutées) et vives. Une prise de vue sort particulièrement du lot avec des contrastes particulièrement convaincant : celui, en plongée, qui montre Mona dans sa baignoire blanche à l’eau turquoise.

Bien que ces caractéristiques soient flatteuses, une amélioration solide pourrait être apportée à cette présentation en cas de réédition. Car oui, il s’en est fallu d’un cheveu pour que le disque soit irréprochable. Une forte présence de banding/postérisation vient nuire à des scènes sombres ou à l’éclairage artificiel. Cela signifie que la gradation entre des nuances claires et sombres n’est pas lisse. Elle forme des blocs de couleurs peu flatteurs qui sont souvent causés par un souci de compression lors de l’encodage. L’exemple le plus flagrant s’étend sur plusieurs minutes tandis que Mona débarque dans l’appartement où des vêtements jonchent le sol puis rejoint Manuel dans une pièce voisine. Ce problème avait déjà été rencontré lors du test de Salyut-7 en avril dernier où ce cas était moins fréquent.

Quant au son, deux pistes françaises sont incluses. L’une est en DTS-HD 2.0 à l’instar de l’audiodescription, l’autre en DTS-HD 5.1. Cette dernière permet une immersion confortable avec des sons d’ambiance faisant travailler chaque canal. La scène du petit-déjeuner suite aux retrouvailles des deux sœurs est on ne peut plus pertinente. Sa spatialisation permet de fixer la voix du barman du côté gauche, la discussion principale est frontale et, en parallèle, l’audio provenant du téléviseur est concentré sur la droite. Le tout ponctué d’éléments secondaires. La musique du générique de fin n’est pas non plus en reste grâce à ses notes virevoltantes et use de l’ampleur de la scène. Les dialogues sont clairs, et les basses dynamiques si besoin.

Test Bonus

Si l’interactivité du disque est light, elle est un cran au-dessus de celle proposée par AB Vidéo à la sortie de Wonder Wheel malgré l’absence de commentaire audio, de galerie, etc.

  • Making of (19:18 min) : ce supplément est un condensé efficace d’aperçus variés du tournage et de témoignages provenant du duo de réalisateurs (le casting est très effacé dans ses interventions). Ce sont sur ces derniers que l’accent est aussi mis en images. Selon eux, le scénario découle de leur propre relation qu’ils ont poussé dans les coins les plus extrêmes. Rivalité, comparaison… Autant de similarités qui les ont conduit à changer le sexe des protagonistes n’est pas anodin pour parvenir à s’en détacher plus aisément. L’analyse qu’ils font du lien entre les sœurs est intéressante et bien menée. En outre, elle démontre l’importance de la communication mais aussi l’impact néfaste sur lequel peut aboutir le ressentiment envers l’autre.
  • Bande-annonce (1:41 min) : en HD. Le spectateur peut choisir dès le menu entre une piste DTS-HD 5.1 ou 2.0.

 

 

 

 

 

 

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