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Le Secret des Marrowbone, en Blu-ray : quand terreur et émotion cohabitent

Après un échec dans les salles obscures internationales avec des recettes s’élevant à seulement 11,8 millions de dollars, « Le Secret des Marrowbone » se voit offert une seconde chance. Désormais disponible en Blu-ray et DVD, ce conte macabre est à découvrir de toute urgence !

Orchestré par le réalisateur et scénariste Sergio G. Sánchez (The Impossible), Le Secret des Marrowbone est une œuvre qui vous prend aux tripes à bien des degrés différents. Tantôt touchante tantôt effrayante, elle plonge le public dans l’Amérique rurale de 1968 où une famille composée de Rose (Nicola Harrison) et de ses quatre enfants se dérobe aux yeux de la civilisation.

Le Secret des Marrowbone : être dépossédé de sérénité

Pourquoi se réfugier sous un toit perdu en pleine cambrousse ? Que cherchent-ils à fuir pour en arriver à une telle extrémité ? Sont-ils vraiment en sécurité ? Ces questions hantent l’esprit de l’audience avant de se multiplier au cours de ces 110 minutes lors desquels de maigres indices sont disséminés ici et là alors que la situation est de plus en plus périlleuse. Mais, dans un premier temps, les personnages principaux composés de l’aîné Jack (George MacKay), Billy (Charlie Heaton), Jane (Mia Goth) et le benjamin Sam (Matthew Stagg) doivent faire face à une perte déchirante venant ternir leur existence déjà en pièces : le décès de leur mère. Sa tombe n’est pas encore fraîche qu’une menace les attend de pied ferme à l’extérieur, un fusil à la main.

C’est à ce moment précis que le titre apparaît sur un fond noir, marquant une ellipse avant de retrouver les protagonistes six mois après ces événements. Tout semble ordinaire. L’étranger semble s’être évaporé sans la moindre explication, mais le malaise monte d’un cran à la mention d’un fantôme qui rôderait dans la demeure. Selon les légendes, les miroirs renfermeraient esprits et démons en leur sein. Guère étonnant donc qu’ils soient tous camouflés par des draps au vu de la superstition imprégnant l’endroit ! Quant à Jack, il mène une idylle avec la bibliothécaire Allie (Anya Taylor-Joy) et est le seul à se rendre en ville afin de répondre aux besoins de ses proches. Il assume ses fonctions de chef de famille et tient sa promesse faite à la disparue. Il lui faut parvenir à acquérir la maison au nom de Rose auprès de l’avocat Tom Porter (Kyle Soller) en dissimulant la mort de cette dernière jusqu’à sa majorité. Chose complexe pour laquelle la ruse n’est jamais facultative !

En dépit du timbre dramatique, Le Secret des Marrowbone est avant tout le récit d’une famille soudée où chaque membre est prêt à mettre sa propre vie en péril dans l’optique de protéger les autres. Leur parcours est romancé dans un livre qu’ils tiennent et illustrent tous ensemble, immortalisant cet amour à même la matière organique. Rien ne parait plus concret dans ce semblant de fantastique. Cependant, la figure paternelle endossée par Jack est en contraste absolu avec celle représentée par le père biologique. Cette dénonciation de la maltraitance est poignante, crue, et insoutenable. Les motifs ayant participé à la diabolisation de l’homme sont inconnus mais seraient, de toute manière, apparus comme superflus. Il est inutile de chercher une justification à de tels actes. Qui plus est, l’humain a-t-il besoin « d’excuses » pour révéler au grand jour les aspects les plus sordides de son espèce ?

Sans les prestations exceptionnelles de sa distribution (qui a été difficile à constituer), le film aurait aisément pu tomber à plat. Le pire a heureusement été évité avec brio et Marrowbone est une réussite dans la filmographie de Sánchez. Complexe de par sa structure narrative, il enchaîne les allers et retours dans le temps lors de la seconde moitié. Si la révélation finale permet de lever le voile sur les incompréhensions, un revisionnage ne saurait être de trop pour savourer ces péripéties en possédant les outils d’analyse nécessaires dès les premiers instants.

Les éditions commercialisées

Édité par Metropolitan Vidéo, Le Secret des Marrowbone est vendu en DVD et Blu-ray depuis le 18 juillet 2018. Ce dernier a davantage été soigné que la majorité des titres disponibles dans les bacs, puisque son boîtier est élégamment décoré d’un fourreau cartonné. L’effet de verre brisé, clin d’œil au film, y est du plus bel effet malgré l’absence d’embossage.

L’offre n’est cependant pas parfaite puisqu’il n’existe ni steelbook, ni édition exclusive au marchand FNAC. Ce dernier aurait pu inclure la bande originale qui est particulièrement réussie ainsi que le supplément qui a disparu de la galette bleue française ! Évidemment, le regret laissant le goût amer le plus prononcé est que le Blu-ray 4K (temporairement disponible chez Best Buy avant une commercialisation globale dès octobre) n’a pas été retenu pour le territoire français. Ce n’est pas une réelle surprise puisque ce marché est à la traîne (les Blu-ray 4K Disney en tête). L’importation présente une semi-solution puisqu’il n’y a que des sous-titres en anglais et en espagnol.

De gauche à droite : DVD, Blu-ray, Blu-ray 4K (USA)

Test Vidéo/Audio

Capturé digitalement avant d’être achevé en 2K, Le Secret des Marrowbone a été photographié par l’espagnol au parcours conséquent Xavi Giménez (The Machinist). Ce manque de résolution ne permet pas au Blu-ray 4K de gagner une somme de détails comparable à du 4K natif tout en étant plus qu'honorable. Pour autant, il n’est pas à bouder puisque l’apport du HDR fait des merveilles quant à ses contrastes. La gamme de luminosité est étendue au possible en restituant des blancs et des noirs plus denses d’où s’échappent des informations plus définies. C’est notamment le cas lors des scènes en intérieur où l’extérieur apparent par les fenêtres se veut plus riche. Les halos et dégradés de lumière ne souffrent plus du banding parfois visible sur le Blu-ray standard. Ce terme désigne un « effet de bandes » où les dégradés, à la place d’être « lisses », se présentent sous forme d’anneaux disgracieux de différentes luminosités.

Cela étant dit, la prestation du Blu-ray basique est solide et robuste. Difficile de faire mieux si ce n’est en améliorant la compression dont les conséquences sont mentionnées juste au-dessus. Tourné à la lumière naturelle sans l’aide d’éclairages superficiels, les ombres sont nombreuses en particulier dans l’enceinte de la maison. D’accord, ce n’est pas rassurant mais cela confère un réalisme rare. Cette obscurité ambiante reflète efficacement le lourd secret qui pèse sur la famille. De plus, les pièces baignent dans des tons verdâtres projetés par la végétation du jardin, rappel que la lutte pour se couper du monde est constante. Pourtant, d’où provient réellement la menace ? Les teintes vives sont inconnues à la palette des couleurs, à l’exception d’un jaune très prononcé, dégagé par les lampes mais également renforcé par le biais de manipulations, dans lequel se déroulent les scènes de nuit. Cette sensation de chaleur est joyeusement accueillie alors que les frères et sœur partagent des instants de complicité pour maintenir leur esprit à mille lieux des histoires de fantôme.

Le master est dénué d’anomalies en-dehors du banding (un des quelques cas est lorsque Jack se tient la tête sous l’eau dans la baignoire), et l’image bénéficie d’une richesse de détails inhérente aux caméras numériques professionnelles.

Les pistes française et originale sont toutes deux au format habituel DTS-HD 5.1. L’audiodescription dans la langue de Molière est elle en DTS-HD 2.0. Une fois n’est pas coutume, ces caractéristiques sont inférieures à celles de la galette du pays de l’Oncle Sam avec son Dolby Atmos et Dolby TrueHD 7.1. À quoi faut-il s’attendre venant de la piste anglaise 5.1 ? L’atmosphère est lourde, souvent par son silence brisé uniquement par des dialogues propres ou des sons d’ambiance. La spatialisation insuffle de la vie au foyer avec ses craquements, la résonance des pas et le raclement du mobilier sur le sol. Les grincements sont aussi monnaie courante alors qu’ils provoquent des frissons le long de l’échine. Concernant le caisson des basses, il s’en donne à cœur joie dès lors que l’occasion de faire sursauter le public survient, faisant augmenter la dynamique en flèche. Mention spéciale pour la musique symphonique de toute beauté composée par Fernando Velázquez (L’Orphelinat) qui parvient à insuffler tension mais aussi une douce innocence mêlée à la mélancolie de jours meilleurs (la scène sur la plage en tête).

Test Bonus

Que dire de l’interactivité si ce n’est qu’elle laisse derrière elle un sentiment d’inachevé ? Pour cause, le disque reprend les suppléments de son homologue américain à une exception près : Marrowbone – Dans les coulisses d’une durée de 29:28 min ! Autant dire que ce n’est pas oubli quelconque mais bel et bien majeur et regrettable. Une question de droits est l’unique excuse puisque sa description est alléchante. Discussion autour du casting, le défi que représente un tournage en Espagne tandis que l’action se passe aux États-Unis, etc. Raison de plus pour se procurer le Blu-ray 4K en complément. En attendant, les plus curieux peuvent se tourner vers notre interview conduite auprès du cinéaste de l’œuvre.

  • Scènes coupées (28:05 min) : pas moins de onze scènes coupées (qui ne sont pas forcément dans l’ordre chronologique) sont à disposition et toutes ne manquent pas d’intérêt. Presque un record ! La majorité d’entre elles divulguent bien trop d’indices quant au twist final puisqu’elles étudient l’état psychique du protagoniste, d’où leur suppression. La première est une version allongée de la scène où Sam se trouve dans la chambre de sa mère (4:48 min). Porter et Allie parlent aux grands-parents de cette dernière. À noter que ses deux personnages interprétés par Laura Brook et David Horovitch ont été coupés au montage, et que les incrustations en sont encore au stade de brouillon (2:15 min). Seconde scène non-finalisée où Jack (sous l’apparence de Billy) rôde autour de la maison de sa petite amie en pleine nuit. Celle-ci le surprend après avoir aperçu une silhouette dans l’arbre donnant sur sa chambre (2:57 min). Ces quelques minutes sont la conséquence directe de la scène coupée précédente. Le jeune homme se rend à la bibliothèque mais l’accueil qui lui est réservé est glacial. Il apprend sur le grand-père d’Allie se trouve non loin et est furieux de ce qui s’est déroulé la veille. Jack se lance dans une longue tirade sur son propre état de santé mentale suite à un choc au crâne (3:27 min). Porter découvre le père dans le grenier. Un plan rapproché permet de constater la dégradation de son physique due à son enfermement (1:24 min). Les quatre enfants sont rassemblés. Jane affirme qu’il faut rendre l’argent qu’elle considère maudit (1:23 min). Une version longue de la scène avec le raton laveur durant le petit-déjeuner (50s). Tous se réveillent et avancent prudemment dans l’habitation dans le but de trouver la source du bruit inquiétante provenant du rez-de-chaussée. Quoi d’autre qu’un ours ? Pour anecdote, c’est de cette scène coupée que provient l’affiche de Marrowbone (4:08 min). Version rallongée de la dispute entre les deux frères. Jack fait ensuite une crise violente (1:39 min). La scène où Jack prend son bain est aussi plus importante. Mieux vaut ne pas être pudique (2:56 min). La dernière scène coupée n’est autre qu’une fin alternative. À quelques secondes près, Jack suit Allie dans la cuisine où un gâteau d’anniversaire l’attend. Il fait un vœu, et souffle ses bougies. Autour d’elle se tient désormais sa famille. Gros plan sur l’aîné. Fin (2:18 min).
  • Bande démo des effets spéciaux (01:38 min) : featurette très sympathique qui devrait être plus souvent incluse sur les supports physiques puisqu’elle permet de se rendre compte à quel point le spectateur peut se faire leurrer par la technologie. Dans le cas présent : fonds bleus pour les incrustations de paysages, mais aussi des modifications drastiques de la structure de la maison et de la nature opérées en post-production. En outre, elle donne un aperçu des conditions de tournage efficace. Le déroulement se fait sans fond sonore.
  • Le film annonce (2:07 min) : en VF ou VOST.
  • Bandes-annonces : au nombre de quatre, elles ne partagent pas les nouveautés mais sont purement thématiques. Ainsi, celles incluses sont : A Monster Calls (1:41 min), La Dame en Noir (1:40 min), The Boy (01:38 min) et It Follows (01:19 min). Pratique pour les passionnés du genre (bien que la présence du premier long-métrage soit ici discutable).
  • Internet : cette page renvoie au site de Metropolitain Filmexport afin de suivre son actualité cinéma et vidéo.