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The Tree of Life de Terrence Malick : on décrypte la nouvelle version

Criterion a sorti en septembre dernier une toute nouvelle mouture de « The Tree of Life » de Terrence Malick, retravaillée et re-colorisée, qui vient s’ajouter à leur prestigieuse collection. En plus de nombreux bonus, cette édition DVD et Blu-Ray contient une version alternative que Malick considère comme un « tout nouveau film ».

Terrence Malick en a peut être enfin fini avec The Tree of Life. En retravaillant son œuvre matricielle une nouvelle fois, là où ses derniers films (de À la Merveille à Voyage of Time, en passant par Knight of Cups et Song to Song) semblaient se construire comme des réminiscences de celle-ci, Malick veut clore sa période introspective. Cette nouvelle version du film éditée par Criterion vient ainsi, d’un même geste, se plonger dans l’autoportrait et achever d’en définir les contours. Centré sur l’enfance de Jack qu’il retranscrit de manière chronologie, le nouveau récit de The Tree of Life est guidé par une temporalité plus linéaire, qui permet de faire émerger des embouchures insoupçonnées au sein du même film-fleuve.

Le Miroir familial

The Tree of Life « Extended » débute sur le traumatisme qui lançait la ronde du film d’origine : celui de la perte d’un frère pour Jack et celui d’un enfant pour ses parents (Jessica Chastain et Brad Pitt en MM. et M. O’Brien). Après avoir vu un Jack adulte (Sean Penn) déambuler entre deux gratte-ciels, où de nouvelles images d’errance viennent s’ajouter (dans un zoo, dans un musée, dans des parkings souterrains) avant une séquence expérimentale saisissante, le film répète sa célèbre partie théologique et métaphysique (donnant à voir la création de l’univers) avant d’embrasser pleinement sa toute nouvelle structure.

La majeure partie du reste du film suit la vie de Jack enfant (Hunter McCracken), de sa naissance jusqu’à son adolescence, qu’il finira par passer loin de ses parents après avoir entretenu une relation toxique avec son père. Il n’y a, dans ce long segment qui étire le film à plus de 3 heures, plus vraiment de sauts temporels, où certains passages de l’enfance de Jack semblaient avoir été passés sous silence. Seul le dernier acte du film, similaire à la version de 2011, ramène le récit vers un Jack adulte traversant les portes du Paradis Malickien (une grande réunion de figures muettes).

Cette linéarité globale est pour le moins déroutante. Fondamentalement éloignée des derniers opus du cinéaste texan, dont le montage en roue libre s’attardait à brouiller toute narration classique, cette chronologie permet pourtant de faire émerger toute la dimension mélodramatique de son œuvre, parfois affublée d’une cosmogonie new age illisible voire creuse. Celles et ceux qui auraient pu être rebutés par la structure instable du film original trouveront, qui-sait, leur bonheur avec cette version alternative, qui met l’accent sur une retranscription plus complète de l’enfance de Jack.

C’est que The Tree of Life a peut être effectué sa mue au fil de l’accouchement de ses petits frères (la dernière trilogie de fictions existentielles qui n’a pas rencontré un franc succès). Plus proche de Elia Kazan et de George Stevens (avec Géant), The Tree of Life s’est transformé en une saga familiale narrée depuis l’intime (la filiation avec Le Miroir de Tarkovski ou avec Fanny et Alexandre de Bergman est d’ailleurs éclatante). Malick renoue aussi avec l’esprit pastoral des Moissons du ciel et les rêves brisés de La Balade sauvage, tout en les combinant avec son modus operandi contemporain : fluidité d’un montage polymorphe, dynamisme spatial des rondes opératiques de Lubezki, usage d’une voix-off dont les questions restent toujours sans réponse.

De nouvelles racines

L’addition de nombreux rushs inédits fait apparaître d’autres personnages, jusqu’alors cantonnés à de la figuration, et vient enrichir le passé des figures déjà connues. Le frère de MM. O’Brien débarque brièvement dans la petite famille, et vient mettre à mal le modèle d’éducation strict et viriliste qu’incarne le père de Jack. Un jeune voisin, du même âge que Jack, subit le harcèlement quotidien et les violences d’un père névrotique et d’une mère alcoolique, relativisant les peines du jeune garçon au centre du film. Le quotidien scolaire de Jack nous est dévoilé. Et sa jalousie envers son père, puis envers un inconnu chez qui sa mère se réfugie quand son père est absent, fait surgir à l’écran un profond complexe d’Oedipe.

La vie active que MM. O’Brien a dû abandonner est aussi évoquée. Mais l’ajout le plus significatif est à trouver du côté de M. O’Brien, qui se révèle comme un fils de prolétaires, un musicien raté qui va transposer sa hantise de l’échec sur ses propres enfants. C’est en constatant la réticence de Jack à assouvir le destin qu’il n’a jamais eu, que M. O’Brien va pousser son second fils, R. L., à devenir guitariste (ce même fils qui finira par mettre fin à ses jours à l’âge de 19 ans). Ces nouvelles pistes, qui rendent le film éminemment plus tragique et bouleversant, transforment The Tree of Life en une touchante auto-biographie.

Terrence Malick aura beau cultiver le secret autour de sa vie et de sa personne, il n’a jamais paru autant se mettre à nu que dans cette nouvelle version de The Tree of Life. Aîné d’une fratrie de trois, Malick fait ici resurgir des souvenirs jusqu’alors profondément enfouis sous la masse élégiaque de la première version de son film, dont les questionnements métaphysiques semblent désormais n’avoir été là que pour dissimuler le deuil d’un frère parti trop tôt ou la toxicité de sa relation avec son père, que la linéarité du nouveau récit enrichit vient mettre plus que jamais au premier plan.

En remontant avec plus de clarté le cours de son enfance afin d’en sonder le moindre soubresaut, en affrontant ses propres démons sans se réfugier au temps présent, en montrant par là la face cachée d’un film toujours aussi riche, libre et mouvant (duquel semble pouvoir naître une multitude de versions différentes), Terrence Malick referme d’une belle manière la page de sa propre vie comme centre névralgique de ses œuvres. La boucle est bouclée. Un nouveau cycle peut débuter.

The Tree of Life : Extended edition de Terrence Malick est disponible à l’achat en Blu-Ray et DVD chez Criterion Collection depuis le 11 septembre dernier.

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6 commentaires

  1. Il n’y avait déjà dans le montage original aucun aller retour entre passé et présent dans la section du film que vous évoquez. Vous faites erreur donc le film n’est donc pas plus linéaire qu’il ne l’était auparavant et le film ne renoue pas avec ceci ou cela.

    • L’impression générale donne le sentiment d’un film plus stable, moins propice à des sauts temporels, bien que, dans le film d’origine, cette partie sur l’enfance, plus courte, se contentait aussi de suivre l’évolution de Jack. La formulation a été corrigée en ce sens.

      Le fait est qu’en enrichissant la partie sur l’enfance et en en rajoutant les chaînons manquants à ce segment plutôt qu’à un autre (en majorité du moins), Malick souhaite délibérément s’attarder sur une retranscription plus linéaire de son enfance. Choisir de rajouter à cette partie d’autres scènes qui viennent s’y emboîter chronologiquement plutôt que d’y incruster des segments séparés (ce qui est tout a fait possible) n’est en aucun cas anodin ici.

  2. J’ajoute que lire « cosmogonie new-age, illisible voire creuse », interroge sur le fait que vous ayez compris l’oeuvre de Terrence Malick, en particulier depuis La Ligne Rouge.

    Il n’y a par ailleurs pas plus de clarté quand au récit, tout était déjà clair, pour qui voulait lire ce qui était suggéré en pointillé

    • Le terme « affubler » (juste avant votre citation) indique que je rapporte la critique courante qui est faite à l’égard de son cinéma récent, et n’indique évidemment pas que je pense cela. Ça me paraît assez « clair » comme vous dîtes (pour qui voudrait lire ce qui est explicitement écrit dans le texte).

  3. Bonjour,

    Quelqu’un a compris la signification des images d’archive (found footage) insérées en début de film, durant les passages avec Sean Pean ? Je parle des images avec les trains à vapeur, ou celles avec le gars moustachu qui « danse » (images de basses qualité). Qui est-il ?
    Je n’ai vraiment pas compris ce que ça venait faire là car ça ne fait écho à rien. Si quelqu’un peut éclairer ma lanterne.

    • Bonjour, lors de cette séquence, Jack/Sean Penn vient de visiter un musée. L’explication la plus terre à terre serait de voir ces images comme faisant partie de celles que Jack vient de voir dans ce même musée. Mais je pense qu’elles viennent surtout renforcer la confusion mentale de Jack à cet instant.

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