Don't Worry Darling : Florence Pugh au sommet d'un thriller anecdotique

Un bel emballage

Don't Worry Darling : Florence Pugh au sommet d'un thriller anecdotique

CRITIQUE / AVIS FILM - Florence Pugh offre une prestation remarquable et écrase tout sur son passage dans "Don't Worry Darling" d'Olivia Wilde, thriller peu exigeant envers son spectateur pour lui révéler un monde masculin toxique.

Don't Worry Darling, pas à la hauteur de son scandale

Don't Worry Darling, second long-métrage d'Olivia Wilde, arrive dans les salles accompagné d'une sacrée réputation. Fin août, le film se trouvait au centre d'une polémique. La réalisatrice déclarant avoir viré Shia LaBeouf. Seulement, l'acteur a aussitôt contredit sa version, preuves à l'appui. Des preuves qui laissaient d'ailleurs entendre qu'un conflit avec la comédienne Florence Pugh pourrait être à l'origine du départ de Shia LaBeouf. Les médias et les réseaux sociaux n'ont pas manqué ensuite d'analyser la venue de l'équipe à la Mostra de Venise, et d'interpréter l'apparition express de Florence Pugh comme révélateur d'un clash avec sa réalisatrice.

Don't Worry Darling
Don't Worry Darling ©Warner Bros.

Cela mis de côté, il y a surtout un film à juger. Mais difficile en découvrant Don't Worry Darling de ne pas penser aux promesses qui nous étaient faites par cette promotion tumultueuse. Les promesses d'un film sulfureux qui aura nécessité, sur le tournage, une certaine protection de la part d'Olivia Wilde envers son actrice. Les promesses également d'un film engagé et bien malin, pouvant s'offrir à la Mostra de Venise une standing ovation de plusieurs minutes. Malheureusement, le résultat est bien moins à la hauteur de toutes ces espérances, et se révèle, au fond, particulièrement classique et peu surprenant.

Olivia Wilde s'attaque elle aussi au patriarcat

Bien sûr, l'emballage est beau. Olivia Wilde nous emmène en plein désert californien où une petite communauté vit isolée. Nous sommes dans les années 1950, et la réalisatrice se fait plaisir pour reproduire cette époque comme un fantasme masculin d'un autre temps. Les femmes sont belles dans leurs robes colorées et n'ont pour seule fonction que de servir (par un repas, un verre de whisky et un acte sexuel) leurs maris, qui eux travaillent durant la journée. Pas besoin d'en dire davantage pour capter la critique du patriarcat des années 1950, mais également d'aujourd'hui.

Au centre, se trouve Alice (Florence Pugh, excellente), l'épouse de Jack (Harry Styles) qui après avoir été la témoin d'un drame commence à trouver que sa vie n'est pas si idyllique et que quelque chose d'étrange se trame. Est-elle paranoïaque ou bien la communauté créée par Frank (Chris Pine) cache-t-elle un véritable secret ?

Don't Worry Darling ©Warner Bros.
Frank (Chris Pine) - Don't Worry Darling ©Warner Bros.

C'est durant ces moments cauchemardesques pour l'héroïne qu'Olivia Wilde trouve ses meilleures idées. Lorsque soudain le décor se referme sur Alice, ou quand un groupe d'hommes en combinaisons rouge se lance à sa poursuite en plein désert, le tout rythmé par un souffle soutenu en fond sonore. Seulement, on ne tarde pas à deviner le double retournement de situation imaginé par Olivia Wilde, renvoyant à un mélange entre M. Night Shyamalan, Jordan Peele et les Wachowski, mais en bien moins subtil et original, tel un épisode de Black Mirror.

Florence Pugh au-dessus du reste

Et c'est bien là que le bât blesse. Car Don't Worry Darling se voudrait plus malin qu'il ne l'est. Olivia Wilde se permet alors des effets pour la beauté du geste plus que pour l'intérêt scénaristique (le coup de l'avion, les danseuses en noir et blanc). Elle trouve certes de bonnes idées de mise en scène (une très bonne séquence de repas où la tension est à son comble), quelques fulgurances, mais tout cela reste impersonnel, déjà vu, et ne surprend jamais le spectateur.

Don't Worry Darling
Don't Worry Darling ©Warner Bros.

Dès lors, Don't Worry Darling est peut-être à prendre simplement comme un divertissement efficace avec un message fortement surligné pour s'assurer que le plus neuneu des spectateurs le comprendra. À savoir la critique d'un monde masculin où les hommes peuvent se montrer toxiques, manipulateurs et refuser aux femmes un épanouissement sans eux. En l'espace de quelques mois, il y avait de cela dans Men d'Alex Garland, qui malgré ses défauts poussait visuellement le malaise à son paroxysme.

Egalement, l'excellent The Power of the Dog de Jane Campion, d'une écriture bien plus fine et intelligente. Ou, dans une autre mesure, avec Promising Young Woman d'Emerald Fennell, qui comme Don't Worry Darling pouvait compter sur son interprète principale, Carey Mulligan. Ici, Florence Pugh offre une prestation remarquable qui dépasse sans difficulté l'œuvre qu'elle doit accompagner et en révèle ainsi mes faiblesses et le manque d'ambition.

Don't Worry Darling d'Olivia Wilde, en salles le 21 septembre 2022. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

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