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Frankie : je suis venir te dire que je m’en vais

AVIS / CRITIQUE FILM. Frankie est une star de cinéma atteinte d’un cancer incurable, qui s’entoure de ses proches en organisant des vacances au Portugal. Avec Isabelle Huppert à l’affiche, on ne s’attendait pas à un mélo tire-larmes ; bingo, il s’agit d’un récit doux-amer, qui, contrairement à ce que son sujet laisse présager, est loin d’être morbide. Présenté en compétition au 72e Festival de Cannes, Frankie d’Ira Sachs sortira dans les salles françaises le 28 août.

Mort d’une actrice

Frankie : dès le titre, on ne cherche pas à iconiser cette actrice qui n’a plus que quelques mois à vivre – elle n’en a d’ailleurs pas besoin. On l’appelle simplement par son prénom, comme le font tous ses proches quand ils l’évoquent au détour d’une conversation. Le personnage incarné par Isabelle Huppert tient ainsi presque le même discours que celui, déchirant, d’Alain Delon lors de la remise de sa Palme d’Or :

J’ai duré 62 ans. Maintenant, je sais que ce qui est difficile, c’est de partir. Parce que je vais partir. Je ne partirai pas sans vous le dire et sans vous remercier.

C’est avec une pudeur presque froide que Frankie veut transmettre ce message à ses proches. Une manière pragmatique d’aborder la fin de sa vie, qui d’ailleurs est invisible tout au long du film, autant inconcevable pour le spectateur que pour les protagonistes, à la limite de l’abstrait. Elle sait qu’elle est malade, l’évoque du bout des lèvres, mais rien ne le laisse paraître – c’est un fait, c’est tout.

Ce pragmatisme est si important qu’on frôle presque le manque d’empathie. Ainsi, tout le film tourne autour de Frankie, mais on s’intéresse plus à la vie de ses proches qu’à la sienne. Comme si elle était déjà partie, elle apparaît surtout en retrait. Le seul moment de convivialité du long-métrage est ainsi partagée lors de la fête d’anniversaire d’une inconnue. Un moment bref, minimaliste, mais un des plus réussis du film.

As time goes by

« La vie continue, quoiqu’il arrive » semble être le message d’Ira Sachs. C’est une petite mosaïque de tranches de vie des proches de l’actrice qui nous est racontée ; on arrive au milieu de l’histoire, et on repart quelques jours plus tard. Rien n’a semblé évolué dans son rapport aux autres, comme s’il était déjà trop tard pour cela. Ses proches, par contre, possèdent chacun leur petit arc narratif, qui connaît un début, un milieu, et une fin. De sa petite-fille par alliance au compagnon de son amie et maquilleuse, on a dans un premier temps peur de se perdre dans les méandres de ces portraits.

Pourtant, on retient rapidement qui sont tout ces visages. Il est vrai que la plupart des personnages sont interprétés par des acteurs au visage connu, presque rassurant. On retrouve ainsi des comédiens assez talentueux, situés dans le juste milieu entre star et éternels seconds-rôles : Marisa Tomei, Pascal Greggory, ou encore Jérémie Renier.

Vol direct New York – Lisbonne

Le film a beau se dérouler dans une paisible région du Portugal, il possède un aspect « cinéma new-yorkais » très appuyé. Tous les personnages appartiennent à milieu assez aisé et très arty, et la Big Apple est d’ailleurs évoquée plus d’une fois au détour d’une réplique. Surtout, la forme même du long-métrage nous évoque une multitude d’autres œuvres du même style. Par ses dialogues ciselés et son ton doux-amer, presque cynique, on pense inévitablement à Woody Allen ou encore, plus actuel, Noah Baumbach. Esthétiquement, on est aussi dans la même lignée : des plans assez statiques, avec très peu de profondeur de champ.

Ce côté « indé » très appuyé donne malheureusement un aspect trop propre, clinique, à une histoire qui aurait pu être touchante, mais qui au final manque un peu d’émotions. Les tranches de vie qui nous sont présentées se suivent sans un grand déplaisir, mais sans une grande empathie non plus. A l’instar du dernier plan, le film est en soit réussi, mais le récit est pris avec tellement de recul qu’il échoue à réellement nous émouvoir.

 

Frankie de Isa Sachs. Au cinéma le 28 août 2019. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

Mort d'une actrice Frankie : dès le titre, on ne cherche pas à iconiser cette actrice qui n'a plus que quelques mois à vivre - elle n'en a d'ailleurs pas besoin. On l'appelle simplement par son prénom, comme le font tous ses proches quand ils l'évoquent au détour d'une conversation. Le personnage incarné par Isabelle Huppert tient ainsi presque le même discours que celui, déchirant, d'Alain Delon lors de la remise de sa Palme d'Or : J’ai duré 62 ans. Maintenant, je sais que ce qui est difficile, c’est de partir. Parce que je vais partir. Je ne partirai pas sans vous…

Conclusion

Note de la rédaction

Frankie est un film plus new-yorkais que portugais, qui est dans l'ensemble très maîtrisé, mais duquel l'émotion a du mal à percer.

Note spectateur : Sois le premier !

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