ABONNEZ-VOUS À CINESERIES SUR FACEBOOK

La Voie de la justice : éloge nécessaire de la compassion

La Voie de la justice : éloge nécessaire de la compassion

CRITIQUE / AVIS FILM - Jamie Foxx et Michael B. Jordan, ainsi que le reste du casting de "La Voie de la justice", illuminent ce très beau long-métrage, entre film de procès et combat intime pour une justice digne et humaine.

Comme il arrive parfois, la traduction du titre original peut être inexacte, sans être incorrecte. Dans sa langue d'origine, le film de Destin Cretton avec Jamie Foxx et Michael B. Jordan va par le titre de "Just Mercy". En France, c'est La Voie de la justice, qui suggère que le film serait un vrai "procedural". S'il est bien question de l'exercice de la justice en Alabama, et d'un épisode de la vie de Bryan Stevenson, avocat américain et militant pour les droits de l'homme, La Voie de la justice ne veut pas uniquement mettre à jour une erreur judiciaire, ou se faire la critique d'une société malade de son racisme. S'il le fait, c'est au sein d'une quête plus intime, celle de la compassion. Ce qui est donc plus explicite dans le titre américain : Just Mercy. (voir ici notre avis lors de sa présentation au Festival de Toronto)

Un combat pour la dignité humaine

La Voie de la justice est une adaptation des mémoires de Bryan Stevenson, et donc tirée de faits tout à fait réels. L'épisode relaté est célèbre aux États-Unis. Il s'agit de l'annulation en 1993 de la condamnation à mort de Walter McMillian, un ouvrier noir, une condamnation prononcée à tort en 1987. Le jeune avocat Bryan Stevenson, fraîchement diplômé d'Harvard, tourne le dos à une carrière lucrative pour venir en aide à des condamnés à tort, en Alabama. L'affaire McMillian est sa première affaire, et elle va le rendre célèbre.

La Voie de la justice revient sur cette erreur judiciaire, où la condamnation repose sur des préjugés racistes, un faux témoignage et une coercition de la police. Avec un travail acharné et l'aide de la militante Eva Ansley (Brie Larson), Bryan Stevenson va réussir à faire annuler la condamnation, Walter McMillian étant parfaitement innocent du meurtre dont on l'accuse.

Plutôt que de pointer l'erreur d'une justice gangrenée par le racisme, le film va intelligemment montrer l'absence totale de compassion et de dignité de ceux qui se trouvent du bon côté des barreaux, à l'égard de ceux, coupables ou pas, qui sont du mauvais côté. Pour incarner cette histoire profondément humaniste, le duo Michael B. Jordan (Bryan Stevenson) et Jamie Foxx (Walter McMillian) est exceptionnel de justesse et d'émotion.

De grands acteurs pour incarner la lutte

Si Jamie Foxx n'a plus rien à prouver, ce n'est pas encore le cas de Michael B. Jordan, qu'on attendait dans un registre dramatique après ses rôles musclés mais convaincants (Creed I & IIBlack Panther). Le jeune acteur est parfait dans le rôle de Bryan Stevenson, alternant avec naturel la détermination et le doute, la force de caractère et la peur. Les dialogues avec Jamie Foxx sont précieux, parce que de prime abord Walter McMillian n'a aucune foi dans la justice, même portée par un homme noir, comme lui, donc au fait du racisme et de la discrimination. Le premier objectif est de lui redonner foi et, pour ce faire, de faire preuve de compassion, d'humanité et d'attention.

Pour enrichir ce travail sur la compassion, on assistera dans une scène très émouvante aux derniers instants d'Herbert Richardson, vétéran du Viet Nam condamné à mort pour avoir posé une bombe artisanale et tué accidentellement une petite fille de onze ans. Si la culpabilité de l'homme est réelle, les efforts vains de l'avocat pour faire commuer sa condamnation à mort en peine à perpétuité montrent combien l'absence de considération et de compassion, couplée à la justice expéditive en Alabama, sont préjudiciables au cours d'une justice digne, et d'une humanité qui se respecte.

À l'inverse, tout le travail fait par l'avocat pour que Ralph Myers (exceptionnel Tim Blake Nelson) revienne sur son faux témoignage, montre la bêtise et la peur du "redneck", soumis à une justice blanche qui le préserve au prix de... Sa compassion et sa solidarité envers un autre détenu, un autre homme, Walter McMillian. Tim Blake Nelson propose ici, comme à son habitude, un second rôle bouleversant.

Sans pathos ni triomphalisme, le film délivre une belle émotion

Il aurait été facile de tracer une ligne entre les bons et les méchants, de célébrer les uns et pourrir les autres, mais La Voie de la justice est bien plus subtil. Le film parle d'une erreur judiciaire, critique une justice dominée par une communauté blanche bigote et condescendante, mais il fait surtout l'éloge d'une humanité qui va au-delà du seul épisode relaté. Le film ne dit pas que le système judiciaire américain est facilement réformable et qu'il porterait seul la responsabilité de ses erreurs, il dit au contraire que lutter contre l'injustice des institutions est vain s'il n'y a pas, à la base, la nécessaire compassion et solidarité que les individus se doivent entre eux.

Sans grands effets de manche, sans voyeurisme sur la mort qui plane durant tout le film, La Voie de la justice réussit à toucher au cœur, avec une réalisation et un scénario sobres qui se reposent sur l'humanité des personnages, une humanité magnifiquement rendue par le talent de leurs interprètes. À voir sans hésiter.

 

La Voie de la justice de Destin Cretton, en salle le 29 janvier 2020. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

Voir aussi

Kajillionaire : un bel OVNI avec Evan Rachel Wood

Kajillionaire : un bel OVNI avec Evan Rachel Wood

CRITIQUE / AVIS FILM - Dans "Kajillionaire", porté par Evan Rachel Wood ("Westworld") et Gina Rodriguez ("Jane the Virgin"), Miranda July met en scène une famille d'escrocs qui vivent en marge de la société au péril de leur fille qui n'a jamais reçu d'affection.