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Les Apparences : les sauver, mais à quel prix ?

Les Apparences : les sauver, mais à quel prix ?

CRITIQUE / AVIS FILM –"Les apparences" est un thriller domestique assez inégal qui offre toutefois un beau portrait de femme ambitieuse et dépeint le poids des faux-semblants au sein d’une communauté d’expatriés français à Vienne. Avec Karin Viard et Benjamin Biolay.

Il est des milieux sociaux dans lesquels l’être semble n’avoir aucune importance et seul le paraître compte. Dans Les Apparences, librement adapté du roman "Trahie" de Karin Alvtegen, le réalisateur Marc Fitoussi donne à voir avec subtilité les efforts que fait Ève (Karin Viard), une femme qui semble avoir bataillé longtemps pour arriver au sommet de l’échelle sociale et fait des sacrifices pour y rester. Elle s’est mariée avec Henri Monlibert (Benjamin Biolay), chef d’orchestre de l’Opéra à Vienne, elle a viré la fin de son prénom Evelyne, trop connoté et moins classe qu'Ève, et elle a écarté le plus possible de sa vie sa mère Claudine (Martine Schambacher), qu’elle consent plus à voir en Skype qu’en vrai.

Ève travaille à l’Institut Français et est régulièrement happée par Madame Belin (Evelyne Buyle), dont elle évite soigneusement le contact, comme si les manières directes et sans chichis de la vielle femme pouvaient la mettre en danger. Comme si lui parler trop longtemps pouvait lui faire découvrir d'où elle vient. Ève veille en effet à ce que ses deux mondes, celui de son passé et celui de son présent, ne se percutent jamais. Le monde de la honte qu’elle renie et le monde de la fierté et de l’admiration que suscite son mari et dont elle bénéficie par procuration. C’est un travail de tous les instants pour Ève, femme de caractère, que de maintenir sa place chèrement acquise au sein de la communauté privilégiée des expatriés français à Vienne. Car malgré une pseudo solidarité, chaque attitude de tout "expat" y est disséquée et commentée avec venin et un effet loupe pervers qui n'existe nulle part ailleurs.

Plus on s'élève et plus dure sera la chute

Ève a bâti un cocon protecteur afin qu’Henri puisse se consacrer pleinement à son art, ajoutant à l’image de leur couple parfait Malo, le petit garçon qu’ils ont adopté. Un cocon qu’elle n’ouvre qu’à ses amis, comme Clémence (Pascale Arbillot), lors de dîners mondains nécessaires pour souder le groupe. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ces deux femmes à l’image si lisse se ressemblent : rien ne dépasse jamais, ni de leur coiffure, ni de leurs vêtements, et encore moins de leurs ressentis. Elles sont amies dans ce monde d’apparences et d’entre-soi, mais on comprend qu’elles ne le seraient sans doute pas en France, ou jamais à ce point.

La caméra ne lâche pas une seconde Karin Viard, qui parvient encore à surprendre dans ce rôle en état d'alerte permanente, à la limite de la paranoïa. Ève découvre, dans une scène qui fait joliment écho à celle du couple Emma Thompson- Alan Rickman dans Love Actually, que son mari a une liaison avec Tina (Laetitia Dosch). Ève est doublement blessée dans son amour-propre, car Tina est l’institutrice de l’école française dans laquelle vont tous les enfants des expatriés. Et le spectateur peut alors s’interroger sur les raisons de l'attirance de Henri pour ces femmes qui ne sont pas issues de son milieu social. Le grand homme crève manifestement d'ennui et vivre avec Ève semble lui avoir ôté tout désir pour celle qui a pourtant tout fait pour gommer ses aspérités et devenir une épouse parfaite. Ou en tous les cas, pour correspondre à l'image que l'on attend d'une épouse parfaite, toute dédiée à sa famille.

Angoissée à l’idée de tout perdre, Ève décide alors de nuire à Tina, d’une façon plutôt maligne et passionnante à suivre. Mais là encore, les apparences ne sont pas ce qu’elles sont et il est plutôt dommage que le réalisateur n'ait pas davantage exploité la vie cachée de Tina. Si le film monte habilement en tension, la rencontre improbable d’Ève avec Jonaz (Lucas Englander, hélas loin d’être aussi crédible que dans son rôle de Torsten dans la série Parlement) a, quant à elle, bien du mal à s’insérer dans le récit, qui devient alors trop prévisible. Malgré ces quelques réserves et une interprétation peu convaincante de Benjamin Biolay, Les Apparences est un thriller qui tient pourtant la route et interroge indirectement sur les éléments qui fondent le socle du désir dans un couple et sur le moment de bascule vers les faux-semblants.

Les Apparences de Marc Fitoussi, en salle le 23 septembre 2020 – Ci-dessus la bande-annonce.

 

 

 

 

 

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