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Hellboy : retour sur ce personnage emblématique de la pop culture

Créé par Mike Mignola, Hellboy a déjà eu trois adaptations cinématographiques. A l’occasion de la sortie du nouveau « Hellboy », réalisé par Neil Marshall, il est temps de revenir sur l’univers de ce personnage hors du commun, et emblématique des comics.

Hellboy : un personnage inédit

En 1994, les comics de super-héros sont évidemment dominés par les deux firmes principales : DC Comics et Marvel Comics. Ils mangent la concurrence comme des petits pains et demeurent les maîtres incontestés du genre. Heureusement il y a bien quelques irréductibles comme par exemple Judge Dredd ou Spawn. Mike Mignola, dessinateur influent récompensé par des Prix Eisner, crée donc un nouveau personnage destiné à devenir culte : Hellboy. Un démon venu des enfers recueilli par les humains, voué à détruire la Terre, mais qui s’efforce à faire le bien. De son vrai nom Anung Un Rama, il est né de l’union d’un démon et d’une humaine en 1944 en pleine Seconde Guerre mondiale. Amené dans le monde des vivants par les nazis, il est récupéré par les Américains qui ont intercepté l’expérience des Allemands. Le professeur Trevor Bruttenholm s’occupe du petit démon et lui donne un nouveau nom : Hellboy. Aidé dans ses enquêtes par Liz Sherman, qui possède des talents pyrokinésistes et de Abe, un amphibien, il travaille pour le Bureau for Paranormal Research and Defense (B.P.R.D.), une organisation qui s’occupe des faits paranormaux.

La réussite de cette saga de comics réside évidemment en son personnage. Hellboy était un vent de fraîcheur à l’époque, un personnage décalé, irrévérencieux, dominé par l’humour et la violence décomplexée. L’intérêt du personnage est qu’il ne fait pas dans la dentelle. Avec son style direct et brutal, Hellboy est un plaisir à lire pour sa violence accrue, et surtout bourrin. De plus, Hellboy a un métabolisme plus lent que les êtres humains, et n’est ainsi encore qu’un adolescent malgré son âge avancé. On retrouve donc les intérêts d’un ado dans le corps d’un démon ultra puissant. Ce décalage met en scène des situations cocasses et un humour absurde inspiré de la stupidité de l’âge.

Tête brûlée marrante, Hellboy a pourtant un destin sombre passionnant. Il est destiné à répandre l’apocalypse sur Terre. Une dualité interne anime donc le personnage entre l’envie de faire le bien et la réalisation inéluctable d’une vieille prophétie. Une coexistence psychologique difficile à vivre pour le personnage qui s’inquiète de ne pouvoir éviter ce catastrophique présage. Une dualité qui s’anime également par son désir d’être accepté par l’humanité qui reste éternellement antipathique à son égard. Il regarde donc parfois du côté des monstres, dont il hésite régulièrement à prendre parti, délaissant ainsi sa mission : protéger le monde des humains contre les ténèbres. Un personnage passionnant qui est d’ailleurs mort en 2008. Depuis, tous les comics centrés sur le personnage se déroulent soit en enfer, soit en flash back. Une idée inédite qui donne également une autre identité au personnage.

Hellboy : quand Guillermo Del Toro prend les commandes

Hellboy est un super-héros qui n’aspire pas à en être un. Il est né de cette force colossale et de l’immortalité, mais tout ce dont il rêve, c’est de s’asseoir avec sa petite amie, comme un type ordinaire. Il possède une nature double, qui se partage entre le Bien et le Mal. Il a le physique d’un grand gaillard adulte, mais le cœur et l’esprit d’un adolescent. Il a un côté enfant gâté, un fort tempérament, il est indiscipliné.

C’est ce que déclarait Guillermo Del Toro en 2004 en s’attaquant à la réalisation de l’adaptation de Hellboy. Le long-métrage s’inspire du premier tome de la saga, Les Graines de la Destruction, tout en reprenant des éléments issus d’autres histoires. Guillermo Del Toro était un choix extrêmement judicieux pour mettre en scène les aventures de Hellboy. C’est un cinéaste qui apprécie énormément les créatures monstrueuses et sait parfaitement les mettre en valeur. Le réalisateur est célèbre pour animer régulièrement un bestiaire des plus passionnants dans ses films à l’imagination, la féerie et les ténèbres sans limite. Il n’hésite d’ailleurs pas à incorporer de nouvelles créatures au film comme par exemple Sammael, non présent dans les comics. Del Toro avait de toute façon la bénédiction de Mike Mignola :

Certaines choses présentes dans mes bandes dessinées ici et là depuis dix ans ont été condensées. J’ai dit à Guillermo : « Change ce que tu veux, approprie-toi mon travail ».

Évidemment le succès de Hellboy doit également beaucoup à son interprète principal : Ron Perlman. Un choix de casting parfait tant l’acteur s’est totalement accaparé le rôle avec une aisance folle. Pour l’anecdote, Del Toro et Mignola ont décidé de chacun choisir un acteur dans leur coin. Lorsqu’ils ont comparé leur idée, le même nom est sorti.

La réussite de Hellboy réside en deux points importants. Déjà, son ton, son approche, définitivement inédits. Hellboy était un peu le film de super-héros différent avant l’heure, un film qui proposait autre chose à voir dans ce domaine à l’époque dominé par les franchises X-Men et Spider-Man. Le film de Del Toro est un œuvre irrévérencieuse, fondamentalement drôle, qui flirte souvent avec un style de série B. Hellboy est parfois volontairement kitsch, décalé et absurde, Del Toro a voulu créer une œuvre personnelle, différente, qui cassait les codes des adaptations de comics. L’autre gage de réussite c’est la volonté de Del Toro d’offrir un spectacle de qualité. Le cinéaste a préféré des techniques traditionnelles de maquillage, de marionnettes, plutôt que de tomber dans les travers des CGI. Ainsi, Ron Perlman est entièrement maquillé et de nombreuses créatures sont des marionnettes et animatroniques. Avec un budget de 66 millions de dollars, le film a engendré 99 millions de dollars de recette. Un score timide mais suffisant pour la mise en chantier d’un second opus.

Hellboy 2 : comment surpasser le premier opus

En 2008 Del Toro revient derrière la caméra pour réaliser la suite, Hellboy II : Les Légions d’or Maudites. Il parvient à surpasser son premier film en gérant mieux son rythme, en effaçant les ventres mous du premier, grâce à un antagoniste plus convaincant et un scénario plus fourni. La mythologie du démon rouge est d’avantage creusée, laissant l’histoire teaser le passage du côté obscur de Hellboy.

Comme pour le premier film Del Toro a gardé la fidélité aux comics et une volonté de créer une œuvre d’art à part entière avec l’utilisation de décors, costumes et maquillage. L’une des scènes clés du film se déroule dans l’étrange « Marché aux trolls » situé sous le pont de Brooklyn. Pour le construire et abriter les 200 créatures qui y vivent, il a fallu un espace de 4 000 mètres carré aménagé dans une ancienne carrière en Hongrie.

Ce deuxième Hellboy surpasse en tout point le premier film. Les personnages secondaires sont mieux traités, l’action est plus rythmée et le climax final est passionnant. Hellboy II : Les Légions d’or Maudites permettait également d’approfondir l’histoire du personnage en allant vers sa part sombre. Guillermo del Toro prépare le terrain d’un troisième opus explosif qui aurait permis de dénouer la dualité du personnage en réalisant la prophétie. Malgré un succès bien plus important pour cette suite avec 160 millions de dollars de recettes pour un budget de 85 millions, Hellboy 3 ne verra jamais le jour.

Hellboy 3 : le projet avorté de Del Toro

Guillermo Del Toro s’est battu pour que le dernier épisode de sa trilogie voit le jour. Le cinéaste avait de la suite dans les idées et avait pensé son adaptation d’Hellboy en trois films. Pourtant le studio Universal s’oppose à la sortie du troisième opus. Le cinéaste en appelle aux fans, donne de nombreuses interviews sur le sujet, mais rien n’y fait, et le projet est définitivement enterré en 2017.

Face aux refus répétitifs du studio, Guillermo del Toro, lassé, a fini par lâcher des informations concernant le scénario. Hellboy aurait dû se confronter à sa véritable nature, et la nécessité pour lui de devenir la Bête, le grand fléau de l’apocalypse. Hellboy aurait dû assumer sa nature profonde pour convoquer sa pleine puissance et vaincre un ennemi imbattable. Il aurait eu deux enfants avec Liz, qui auraient représenté sa part d’ombre et de lumière, comme un diable et un ange. Hellboy aurait drastiquement été plus sombre que dans les deux précédents films et aurait permis un affrontement titanesque et homérique dans son climax final.

Finalement le studio préfère abandonner cette suite au profit d’un reboot, qui reprendra des éléments de ce Hellboy 3 fantôme. La version de Neil Marshall se concentre en effet sur cette part d’ombre de Hellboy et permet de voir l’apocalypse se déchaîner. Mais comme nous l’expliquions dans notre critique cette nouvelle version est beaucoup trop décevante pour rendre honneur au reste du scénario de Del Toro.

2019 : l’heure du reboot raté

Le troisième film Hellboy est donc un reboot. Neil Marshall qui s’est illustré avec The Descent réalise tandis que David Harbour remplace Ron Perlman dans le rôle de Hellboy. Et comme le rapporte les nombreuses critiques, ce nouveau Hellboy est un naufrage complet.

Pourtant le projet partait plutôt bien avec une classification R aux Etats-Unis. Une version interdite aux moins de 16 ans à cause d’une violence excessive, rien de mieux pour mettre en scène le style bourrin et sanguinaire de Hellboy. David Harbour est également un choix de casting de premier ordre, malgré le regret de Ron Perlman de ne pas avoir été rappelé. L’acteur, qui s’est illustré dans la série Stranger Things, incarne parfaitement le démon. Un démon d’ailleurs superbement matérialisé, qui conserve une volonté de créer un univers avec de l’épaisseur, porté sur les maquillages et les marionnettes, notamment avec Stephen Graham en Pig Fairy, mais également une texture plus approfondie et réaliste pour Hellboy. Milla Jovovich interprète Viviane tandis que Ian McShane succède à John Hurt dans la peau du professeur Trevor Bruttenholm.

Malheureusement cette nouvelle approche ne convainc ni la critique ni le public et déçoit énormément les fans, de quoi enterrer encore un peu plus Hellboy au cinéma. Une terrible sensation de gâchis. C’est quand même bien dommage, parce que Hellboy est un personnage emblématique au potentiel intéressant. Et on aurait pu y croire, en tout cas l’espace d’un instant. Les effets spéciaux sont parfois hasardeux, donnant l’impression d’être sortis d’une série B fauchée. Hellboy ne sait pas exactement où il va. Il veut beaucoup en raconter mais paradoxalement ne s’arrête pas assez longtemps sur les éléments scénaristiques importants ou les idées visuelles créatives. Le montage souffre d’un manque de pertinence, que ce soit dans son enchevêtrement interchangeable ou son rythme inégal. Bref, on regrette que Del Toro ne soit pas revenu pour un troisième opus et on ne peut désormais que fantasmer sur une version qu’on ne verra jamais.

Hellboy a fait un démarrage catastrophique au box-office. Avec un budget relativement dérisoire pour un blockbuster (50 millions de dollars), le film n’a récolté pour le moment que 21 millions de dollars de recettes. Hellboy est dans les salles depuis le 8 mai 2019.

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