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#LesFilmsDeLaHonte : à la conquête des Visiteurs en Amérique

Chaque semaine, les rédacteurs de CinéSérie vous font partager l’un de leurs pires films préférés. Aujourd’hui, c’est au tour des « Visiteurs en Amérique » de Jean-Marie Poiré d’être passé au crible.

Souvenez-vous… En 1993 sortait Les Visiteurs de Jean-Marie Poiré. Ce petit bijou de comédie nous contait l’histoire du comte Godefroy de Montmirail (Jean Reno) et son fidèle écuyer Jacquouille la Fripouille (Christian Clavier), propulsés de l’an de grâce 1112 à l’an 1992, ce après avoir bu une potion magique. Cinq ans plus tard, le duo de choc nous rendait de nouveau visite dans Les couloirs du temps. Les préparatifs du mariage de Godefroy de Montmirail et de Frénégonde de Pouille (Valérie Lemercier dans le 1 puis Muriel Robin) sont interrompus. On vient de dérober au père de la promise des bijoux ainsi que la dentelette de Sainte-Rolande, relique sacrée qui assure fécondité aux femmes de la famille de Pouille ! Les coupables ne sont autres que Jacquouille et Ginette (Marie-Anne Chazel), repartis dans les années 90 avec le larcin. Afin d’assurer sa descendance, Godefroy traverse à nouveau le temps pour réparer la bêtise de son écuyer effronté.

Changement de cap

Jusque-là, tout allait bien. Nous avions ri à en pleurer et suivi avec avidité les aventures de ce tandem improbable. Mais cela, c’était avant. Avant que les couloirs du temps ne traversent l’Atlantique pour gagner l’Amérique. Un continent où les deux comparses n’auraient jamais dû poser le pied. Poiré aurait même mieux fait de se casser une jambe dès le premier jour de tournage, histoire de le décourager…

Plus sérieusement, c’est en 2001 que Jean-Marie Poiré nous servait après une entrée succulente et un plat consistant ce qu’il croyait être un bon fromage… Nullement appétissant et même indigeste ! Nous nous concentrerons sur ce troisième volet appelé Les Visiteurs en Amérique, en oubliant consciemment le dessert, servi en 2016 et intitulé Les Visiteurs : La Révolution. Pour rappel, notre duo se retrouvait cette fois projeté au temps de la Révolution Française. Les descendants de Jacquouille, révolutionnaires convaincus, confisquaient le château et tous les biens des descendants de Godefroy, aristocrates arrogants en fuite.

On prend les mêmes…

Et on recommence ! La même histoire, à quelques détails près. Durant la guerre de Cent Ans, le duc français Thibault de Malfète (Jean Reno) s’apprête à épouser Rosalind (Christina Applegate), la fille du roi de Grande-Bretagne. Cependant, Earl de Warrick a l’intention de s’opposer au mariage. Une sorcière lui a concocté une potion à offrir au duc Thibault. Ne soupçonnant pas la traîtrise, notre homme l’ingurgite. Aussitôt victime d’hallucinations, il tue accidentellement sa bien-aimée. Un geste irréversible qui lui vaut la peine de mort.

Le duc Thibault est toutefois sauvé par son fidèle serviteur, André le Pâté (Christian Clavier), et le magicien anglais (Malcolm McDowell). Celui-ci leur prépare un breuvage qui leur permettra de remonter le temps et ainsi de pouvoir empêcher la mort de Rosalind. Mais il oublie d’inclure dans la potion un élément crucial et les deux hommes se retrouvent plongés dans les couloirs du temps. Les deux lascars aboutissent en l’an 2000 à Chicago, dans une chambre reconstruite dans un grand musée à l’occasion d’une exposition sur le Moyen-Âge. Cet événement culturel a été organisé par la conservatrice Julia Malfète qui n’est autre que la descendante de Rosalind et constitue la clé de leur retour chez eux.

Mais qu’est ce que c’est qu’ce binz ?

On passe de Godefroy de Montmirail à Thibault de Malfète et de Jacquouille la Fripouille à André le Pâté ! Plus franchouillard tu meurs. Merci Poiré de nous cataloguer en gentils petits Gaulois qui sentent le pâté… Sans parler des gags que Poiré nous ressert, entre Jacquouille (enfin André, on ne s’y fait pas décidément) qui mange par terre et la corne de brume dans le combiné. Cela nous rappelle forcément, et avec nostalgie, l’inoubliable réplique de Godefroy le Hardi :

Où sont les poulardes ? J’ai faim ! Où sont les veaux, les rôtis, les saucisses ? Où sont les fèves, les pâtés de cerf ? Qu’on ripaille à plein ventre pour oublier cette injustice ! Y’a pas quelques soissons avec de la bonne soivre, un porcelet, une chèvre rôtie, quelques cygnes blancs bien poivrés ? Ces amuse-bouche m’ont mis en appétit.

Ceci étant dit, logique que nous, Français, n’ayons nullement trouvé originales les blagues que nous connaissions déjà. Un conseil ? Redécouvrir Les Visiteurs en Amérique en anglais, afin de pouvoir admirer une Fripouille ayant délaissé la langue de Molière au profit de celle de Shakespeare. Les énormités débitées par Jacquouille sont certes réchauffées mais ont au moins le bénéfice d’être traduites en anglais. Après, il faut bien avouer que le réalisateur a tout fait pour coller au public américain, entre scènes d’action mouvementées et effets spéciaux spectaculaires auxquels nous n’avions pas eu droit dans les deux premiers volets. Et ça fonctionne plutôt bien.

Je trépasse si je faiblis !

Au-delà de nos deux héros dont les noms ont été modifiés au grand regret des puristes, quelle diablerie que de remplacer Valérie Lemercier et Marie-Anne Chazel par deux belles plantes hollywoodiennes… Nous avons nommé Christina Applegate et Tara Reid. Frénégonde de Pouille/Béatrice de Montmirail devient donc Rosalind/Julia (la petite petite fillotte…) tandis que Ginette mute en Angelique. Les Américains n’ont visiblement pas apprécié le rôle de notre bourgeoise à la française, idem pour notre clocharde nationale, avec « son sac tellement plein de poches qu’on pourrait chier dedans« . C’est donc une jeune et jolie jardinière qui l’a supplantée, rendant les sentiments qu’elle porte à Le Pâté complètement impensables. Que dire par ailleurs du mage campé par Malcolm McDowell ? Bien moins authentique que notre Eusebius incarné par Pierre Val.

A un moment donné, lorsqu’un scénario et des personnages sonnent trop français, il faut savoir ne pas dépasser les frontières. S’arrêter sur du très bon avant de faiblir en résumé, n’est-ce pas Monsieur Gaubert ? Ah oui, car pour ceux qui ne le savent pas encore, Monsieur Poiré a été crédité au générique sous le nom de Jean-Marie Gaubert. Soi-disant que son véritable nom de famille était difficilement prononçable en anglais. Mouais, Gaubert n’est pas franchement plus simple, mais admettons. Selon des informations parues dans la presse à l’époque de la sortie du film, le choix du réalisateur de ne pas figurer au générique aurait en réalité pour origine sa mésentente, durant le tournage, avec Christian Clavier. Jean-Marie Poiré n’a d’ailleurs pas assuré la promotion du film. Au final, on le comprend !

« Et on lui pèlera le jonc comme au bailli du Limousin, qu’on a fendu un beau matin, qu’on a pendu avec ses tripes ! ». Sur ces bonnes paroles inoubliables doublées d’un okkkkaaaayyyy nauséabond de Monsieur Ouille, nous vous conseillons fortement de revoir les deux premiers films histoire d’oublier le massacre du remake !

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