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Alain Delon confie qu’il arrête le cinéma

Le 7éme art d’aujourd’hui déçoit celui qui refuse de faire le combat de trop.

À 82 ans, l’acteur s’est épanché auprès de nos confrères du Monde lors d’un entretien fleuve. C’est en effet avec beaucoup de sincérité qu’Alain Delon s’est confié sur ses débuts, sa carrière et ses expériences en tant qu’acteur, d’un point de vue plus humain. L’homme parle également de sa vision du cinéma d’aujourd’hui qui le déçoit grandement, ainsi que des choses qu’il aurait aimé faire de son vivant.

Une enfance mouvementée

1939. Les parents  d’Alain Delon divorcent alors qu’il n’a que quatre ans. Il vit avec une mère et un beau-père d’un côté, un père et une belle-mère de l’autre. L’enfant sent qu’il gêne, qu’il est de trop, qu’il emmerde tout le monde entre ces deux couples reformés. Il est rapidement placé en famille d’accueil, à Fresnes. Le mari de sa nourrice est gardien à la prison et Delon assiste à la fusillade de Laval (président du Conseil sous Philippe Pétain), le 15 octobre 1945. Il ne se trouve pas près du pauvre homme mais sait tout. « Il paraît qu’ils l’ont traîné, il ne pouvait plus marcher, puis ils l’ont fusillé. » Après cela, Delon se retrouve avec son beau-père qui lui casse la tête, veut le tuer et sa mère fait une fille et un autre fils

Je suis un enfant de l’amour, mais lorsque l’amour explose, chacun refait des enfants de son côté. Personne ne sait quoi faire de moi.

1952. Delon à 17 ans et s’engage dans l’armée. Il part en Indochine et s’y trouve très heureux. Le jeune homme souhaitait simplement une chose : quitter le foyer. Quatre ans plus tard, de retour à Paris, Delon fait la connaissance de la future Dalida, avec laquelle il aura une liaison. Il enchaîne les petits métiers, notamment comme débardeur aux Halles et serveur dans un café près des Champs Élysées. A Montmartre, il côtoie le monde de la pègre et des gigolos. Sa rencontre amoureuse avec Brigitte Auber au Club Saint-Germain l’éloigne de cet univers et va changer son parcours. Dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés, il se fait remarquer par Jean-Claude Brialy qui l’invite au Festival de Cannes, où son physique et sa gueule d’ange ne passent pas inaperçus. Il fait un bout d’essai concluant et aborde ainsi le milieu du cinéma, sans formation particulière de comédien.

Dalida et Alain Delon

Une existence riche

S’en suivirent des films cultes et des rencontres marquantes. Soulignons d’ailleurs que le monstre sacré du cinéma français a près de quatre-vingts films à son actif ! Au cours de l’entretien livré au Monde, Delon avoue être entré dans le milieu par accident, avoir appris film après film, en avançant. L’homme vit depuis ses rôles à 100% et déclare d’ailleurs avoir vécu tout ce qu’il a joué au cinéma.

C’est également lors de cette rencontre intimiste que le comédien a déclaré, dans ses bureaux du boulevard Haussmann, qu’il ne ferait plus de cinéma. Delon ne veut effectivement pas mener le combat de trop. Un choix délivré avec beaucoup de conviction et a priori sans regret. Ou si peu. Ceci étant dit, son retour au théâtre avec Le Crépuscule d’un fauve de Jeanne Fontaine semble bel et bien programmé, même si l’acteur n’a donné aucune date. Un beau clin d’œil à l’éternel interprète du Guépard (1963) de Visconti.

J’ai toujours été marqué par ce qu’on appelle en boxe le « combat de trop ». Je ne veux pas faire le combat de trop. (…) Les cinéastes avec qui je pourrais tourner sont morts. J’ai arrêté il y a dix ans avec Astérix. Qu’est-ce que vous voulez que je foute ? Comme disait Gabin, si l’on m’apporte aujourd’hui un film, mais qui ? Avec qui ? »

Le talent avant les jugements

Il y a cinq ans, nous vous faisions part de pourcentages glaçants, révélant que 55% des français n’aimaient pas le monstre sacré. Ces chiffres n’enlèvent pourtant rien de son talent, lui qui fut le fidèle de Luchino Visconti (Le Guépard) et Jean-Pierre Melville (Le Samouraï, Le Cercle Rouge), l’acteur culte de La Piscine, Monsieur Klein et bien sûr Plein Soleil de René Clément, qui l’a révélé au grand public. Un carrière d’acteur et de playboy enrichissante, passionnée, également marquée par ses rendez-vous manqués avec Hollywood et la Nouvelle Vague.

Delon a par ailleurs une certaine idée du cinéma qui « écrit pour les stars », comme ce fut le cas pour Jean Gabin ou Yves Montand. Cette période restera gravée dans sa mémoire. Elle lui donne le blues autant qu’elle peut également nous manquer.

Le cinéma a changé, les stars ont changé

Alain Delon dans Plein Soleil

Feu les plateaux de tournage, bonjour les planches

Cela fait pile dix ans que nous n’avons plus revu Alain Delon au cinéma. Sans avoir donné d’explication, le comédien a muté en dramaturge. L’homme s’est toutefois confié au Monde sur les raisons de sa révérence :

A mon époque, qui n’est plus royale, je rencontre en tant que môme des auteurs comme Michel Audiard ou Pascal Jardin, qui écrivent pour des stars. (…) Aujourd’hui, ils écrivent pour du pognon, sur un sujet. (…) Dans ma jeunesse, on va dans une salle, on s’assoit, on regarde un film et on rêve. On va au cinéma pour voir ce qu’on n’est pas et ce qu’on ne sera jamais. On veut voir et être Ingrid Bergman. Maintenant, tout le monde ressemble à tout le monde.

À cette mélancolie qui ronge l’acteur s’ajoute une forme d’impuissance envers l’industrie d’aujourd’hui. Il dit d’ailleurs qu’il lui faudrait « une histoire à crever » pour le revoir dans un film. Selon lui, la seule chose qui manque, c’est le sujet. Gabin a d’ailleurs dit un jour que faire un film n’était pas compliqué, qu’il fallait un sujet. Si vous avez le sujet, vous avez l’argent, la production, les acteurs. Delon ressent que de nos jours, les grands films sont morts avec les stars qui les habitaient. Pour autant l’acteur n’oublie pas ses rôles passés, avouant une éternelle reconnaissance à René Clément.

Un ultime souhait ?

Delon regrette de n’avoir jamais été dirigé par une femme réalisatrice. Tel qu’il l’a confié au monde, il aurait voulu, avant de mourir, faire un film où il serait dirigé par une femme.

Vous vous rendez compte, ça ne m’est jamais arrivé. Il y a Lisa Azuelos, Maïwenn, je l’ai dit à tout le monde, personne n’a bougé. Je l’ai dit, écrit, personne ne s’est manifesté. Elles doivent avoir peur.

Delon a également confié être tombé dans ce métier grâce aux femmes. Ce sont elles qui lui ont fait faire du cinéma. Ce sont les femmes qui le veulent, lui donnent tout, des femmes tombées amoureuses de lui. Tel que le confie l’acteur, toutes ont, minimum, six ou sept ans de plus que lui. Delon veut alors voir dans leurs yeux qu’il est le plus beau, le plus grand, le plus fort. C’est pour cela qu’il est devenu acteur.

Je suis capable de faire n’importe quoi aujourd’hui. Mais il faut vraiment – excusez-moi – que je bande ! Sinon, j’en ai rien à foutre.

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Romy Schneider et Alain Delon

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Le couple dans La Piscine

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Son hommage à Romy Schneider

L’actrice allemande et grand amour de Delon, Romy Schneider, aurait eu 80 ans ce dimanche 23 septembre. L’acteur, qui ne l’a jamais oubliée, a publié un faire-part dans le Carnet du Jour du Figaro. Il y invite ceux qui ont aimé l’actrice disparue à l’âge de 43 ans à avoir une pensée pour elle : Rosemarie Albach-Retty dite Romy Schneider aurait 80 ans, ce dimanche 23 septembre. Que ceux et celles qui l’ont aimée et l’aiment encore aient une pensée pour elle. Merci. Alain Delon.

Delon et Schneider jouèrent notamment ensemble dans La piscine (1969) de Jacques Deray. C’est sur ce tournage que l’homme retrouvait celle avec qui il avait vécu une idylle passionnée quelques années plus tôt. En 1958, Romy sort de sa série de Sissi et est une vedette adulée. Pour Christine, le film de Pierre Gaspard-Huit, elle choisit son partenaire sur photo. Il s’agit d’Alain Delon. Leur idylle durera cinq ans. En mars 1959, les deux vedettes se fiancent mais ne se marieront jamais. C’est Alain Delon qui mettra fin à leur histoire. Tout comme il met fin aujourd’hui, à sa carrière d’acteur.

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