Black Snake Moan : Christina Ricci garde un terrible souvenir du tournage d'une séquence de sexe

En 2006, Samuel L. Jackson et Christina Ricci sont à l'affiche du film de Craig Brewer "Black Snake Moan". Un drame réussi qui mêle addiction sexuelle, rédemption et musique blues, mais dont le tournage a été par moments chaotique, laissant un très désagréable souvenir à son actrice principale.

Christina Ricci, de La Famille Addams à Yellow Jackets

Après une petite apparition fin 2021 dans Matrix Resurrections, l'actrice américaine Christina Ricci s'illustre actuellement dans la série Yellow Jackets. À 42 ans, elle entame un retour au premier plan et peut s'enorgueillir d'une riche filmographie, constituée essentiellement de films indépendants et de quelques très grands succès populaires.

À commencer par son rôle de Mercredi Addams dans La Famille Addams en 1991 et sa suite Les Valeurs de la famille Addams en 1993, qui fait d'elle une enfant-star tout en marquant déjà sa différence. Ses traits physiques comme son jeu sont troublants, et la destinent à des performances où l'ambiguïté et et une forme de noirceur règnent.

On la retient dans des films marquants des années 90 et 2000, comme par exemple Las Vegas Parano en 1998 , Sleepy Hollow un an plus tard, aux côtés de Charlize Theron dans Monster en 2003, ou encore enchaînée par Samuel L. Jackson dans Black Snake Moan en 2006. Pour ce film sulfureux de Craig Brewer, elle incarne une jeune femme abusée dans son enfance, perturbée et sex addict des bas-fonds du Tennessee, Rae Doole, recueillie par l'ancien musicien de blues et très religieux Lazarus Redd (Samuel L. Jackson). Celui-ci va alors l'enchaîner et entreprendre de la sevrer de son addiction.

Film d'une rédemption et d'une renaissance par l'amour et le blues, Black Snake Moan est passé par la case polémique, avec des scènes chaudes et surtout un marketing très racoleur. Globalement, un mauvais souvenir pour l'actrice, alors âgée de 26 ans, dans des propos rapportés notamment par le Los Angeles Times en janvier 2007.

Une scène très douloureuse à tourner pour l'actrice

Dans Black Snake Moan, Samuel L. Jackson et Christina Ricci sont les plus expérimentés de l'équipe. Samuel L. Jackson s'est considérablement entraîné au chant et à la guitare blues, et Christina Ricci a tenu un régime à base de junk food pour incarner au mieux son personnage, malingre et en mauvaise santé, et a porté une véritable chaîne de vingt kilos pendant tout le tournage pour être le plus possible dans la peau de Rae.

Deux professionnels expérimentés donc, ce qui n'était pas encore le cas du réalisateur Craig Brewer, qui vient seulement de réaliser Hustle & Flow, et encore moins le cas du rappeur et producteur David Banner, qui fait dans Black Snake Moan ses tout premiers pas au cinéma, dans le rôle d'un dealer violent. Alors, lors du tournage d'une scène de sexe plutôt dégradante, ça ne se passe pas bien. Christina Ricci raconte :

Quand deux personnes simulent quelque chose, une est responsable de l'action et l'autre de la réaction, et il ne devrait pas y avoir besoin de mettre autant de force physique. Je pense que Craig et David ne le comprenaient pas, ils n'avaient pas beaucoup d'expérience. (...) J'ai été blessée. Je l'ai un peu ressenti comme un viol. Ça a été difficile. Je me suis sentie très mal, mais ce n'était pas du tout la faute de David.

Quand le réalisateur perd le contrôle

Si le néo-comédien n'a pas été en effet dans la bonne mesure, ce n'est pas par convenance que Christina Ricci l'exonère. En effet, il appartient sur un tournage au réalisateur de maîtriser sa mise en scène et sa direction d'acteurs, et de savoir s'arrêter au bon moment. Ce que Craig Brewer n'a pas fait. Comme rapporté par le Los Angeles Time, le réalisateur de Black Snake Moan a ainsi très maladroitement déclaré "qu'il était difficile de voir Christina Ricci en détresse et de savoir quand exactement crier "Coupez !".

Elle était si brillante que j'avais peur de couper. Je veux que tout le monde se sente à l'aise et en sécurité, mais elle s'était considérablement "démolie" pour ce rôle.

Un commentaire parfaitement inélégant et irresponsable, dans la mesure où le réalisateur semble clairement reporter la faute sur le trouble créé par l'investissement de son actrice pour Black Snake Moan... Il faut ajouter à ça une campagne marketing désastreuse, très axée sur sa nudité et l'aspect dépravé de son personnage, que l'actrice condamnait en 2008 :

La manière dont ce film a été vendu est sans doute une des choses les plus décevantes et énervantes qui soient arrivées dans ma carrière. (...) Tout ce que voulaient les cadres du marketing, c'était que des "college boys" aillent voir le film.