Freddie Gibbs fait des débuts réussis à l'écran dans le long-métrage "Down with the King", récompensé par le Grand Prix au 47e Festival de Deauville en 2021. Un drame dans lequel il prête ses traits à un rappeur qui s'exile dans la campagne américaine pour se ressourcer, mais qui ne parvient pas à trouver l'apaisement.
Down with the King : la vie, l'amour, les vaches
Célèbre pour ses deux albums majeurs avec le producteur Madlib, Piñata et Bandana, mais aussi pour son goût pour l'irrévérence, sa nonchalance et le plaisir qu'il prend à titiller ses confrères, Freddie Gibbs est sans conteste l'un des meilleurs - si ce n'est le meilleur - rappeurs de sa génération. C'est également le rôle qu'il tient dans le drame Down with the King, qui marque ses véritables débuts en tant qu'acteur, lui qui s'amuse souvent à jouer la comédie dans ses clips, parodiant par exemple les chanteurs Teddy Pendergrass et Rick James sur les visuels de son opus intitulé Freddie.
Le musicien prête ici ses traits à Mercury Maxwell, plus connu sous le pseudonyme de 'Money Merc'. Lassé du tumulte de la vie urbaine, le personnage part s'installer au fin fond de la campagne américaine afin de préparer son nouveau projet. Alors qu'il prend goût à la vie de fermier qu'il découvre au côté de Bob (Bob Tarasuk), il est constamment ramené à son métier par son manager, qui lui impose la pression de la maison de disque et freine son inspiration.
Merc doit en plus affronter sa paranoïa et sa peur de mourir, hésitant à tout arrêter pour se consacrer pleinement à sa nouvelle existence. Cette envie se renforce lorsqu'il se rapproche de Michaele (Jamie Neumann), qui cherche quant à elle à quitter ce qu'elle considère comme un trou perdu n'ayant plus rien à lui offrir dans le futur.
Débuts fracassants pour Freddie Gibbs
Deuxième long-métrage de Diego Ongaro après Bob and the Trees, Down with the King rappelle le cinéma de la grande Kelly Reichardt par plusieurs aspects. Il y a tout d'abord le besoin de mettre en avant un cadre rural et ses oubliés, à l'image des personnages de Bob et Michaele. Il y a également cette capacité à s'intéresser aux affres de la création artistique sans les traiter de manière poseuse, comme la réalisatrice l'a fait avec Showing Up. Enfin, il y a ce goût pour l'errance et ce don pour réussir à rendre des protagonistes attachants en les filmant simplement en train de vivre, sans forcément développer une multitude d'interactions ou de situations servant l'intrigue.
La mise en scène de Down with the King n'est pas aussi maîtrisée que celle de Kelly Reichardt et le film tourne parfois en rond, mais il y a un véritable plaisir à voir Money Merc/Freddie Gibbs évoluer dans un environnement qu'il apprend à apprécier. Les conversations avec Bob, la romance avec Michaele, ses sessions d'écriture et d'enregistrement, mais aussi son plaisir à imiter les cochons en s'occupant d'eux... Autant de séquences qui auraient pu provoquer un ennui profond mais que Freddie Gibbs rend captivantes grâce à son charisme, son magnétisme, ses silences marqués, ses insultes spontanées et son humour.
https://www.youtube.com/watch?v=u8R7fmLYgi4
Le long-métrage est presque un prolongement du clip Crime Pays, l'ironie et le second degré en moins, comme l'annonce d'emblée le premier plan, qui capte un regard dramatique du rappeur. Un regard fait pour le cinéma, au même titre que sa voix, son attitude et sa gestuelle.
Down with the King est à découvrir en VOD dès le 12 septembre 2022.