D'un côté, une immense saga de cinéma et un très grand acteur britannique. De l'autre, la bêtise crasse et la haine ordinaire du monde... Idris Elba raconte sa relation au rôle de James Bond, et pourquoi l'idée de le voir prendre le rôle est passée de compliment à souffrance.
James Bond, le rôle le plus convoité
Dès que la question du remplacement de Daniel Craig s'est posée, l'acteur britannique Idris Elba est apparu comme un des favoris. Pourquoi ? Parce qu'il cochait toutes les cases. Comédien de grand talent au physique avantageux, disposant d'un registre étendu allant de la composition dramatique à l'action, drôle s'il le faut, portant le smoking comme le treillis militaire à merveille. Pour la condition traditionnelle de l'emploi - être un membre de l'ancien Commonwealth, sujet de Sa Majesté le roi d'Angleterre -, Idris Elba est né dans une banlieue de Londres.

Aujourd'hui, à 50 ans, Idris Elba a maintenant un âge un poil trop avancé pour rester un favori, le contrat "007" courant sur plusieurs films et potentiellement une décennie, tant les films James Bond sont longs à produire. Et puis, comme annoncé récemment par les producteurs, le prochain interprète de James Bond devrait être un homme à la trentaine bien entamée, mais pas plus. Mais surtout, le principal intéressé a lui-même expliqué qu'il avait fait une croix sur le rôle depuis un bon moment, pour une raison aussi simple qu'effrayante : le déversement de racisme lié à l'hypothèse de son casting.
"Ceux qui ne le voulaient pas ont rendu la situation dégoûtante"
C'est au micro du podcast Smartless que la star de The Wire et de Luther s'est ouvert sur le sujet. Prenant une position qu'il avait déjà assumée publiquement en 2019 dans les colonnes de Vanity Fair, et qu'il a ainsi de nouveau mise en avant.
La vérité est que j'ai été très flatté, longtemps, par cette hypothèse. Je me disais, "C'est dingue ! Parce que James Bond... Nous sommes acteurs et on comprend tous ce qu'est ce rôle. C'est un des rôles les plus convoités. Être en position d'incarner James Bond, c'est se dire, "Ok, là t'es plutôt au top." Globalement, c'était très flatteur qu'aux quatre coins du monde, à l'exception de certains endroits qu'on ne nommera pas, les gens soient heureux à l'idée que ça puisse être moi. Mais ceux qui ne le voulaient pas ont rendu la situation dégoûtante et perturbante, en l'emmenant sur le terrain de la couleur de peau. C'est devenu insensé, et j'ai été le premier à en souffrir.
Une situation ainsi compliquée et douloureuse pour l'acteur, privé d'un rôle pour cause d'un racisme qui ne cesse de gangréner l'industrie. Pas un re-casting de personnage populaire ne se passe sans que ne soit évoqué de manière inepte le "problème" de non-conformité à sa couleur de peau d'origine ou de son genre. Une déception et une souffrance pour l'acteur, et aussi une grande perte pour le cinéma et le monde des arts, qui se privent ainsi régulièrement d'idées et de performances potentiellement géniales.
