On voit trop souvent la chose politique, son personnel et ses faits, dans les récits et images des médias d'informations. Le documentaire "La Campagne de France", chronique d'une campagne pour l'élection municipale de Preuilly-sur-Claise, en est le parfait contrepoint, avec son suivi de plusieurs candidats et une plongée chaleureuse dans la politique au quotidien.
La politique, la vraie
Sorti au cinéma le 9 mars 2022, un mois avant le premier tour d'une présidentielle tendue, La Campagne de France arrive à point nommé. Son réalisateur, Sylvain Desclous, s'est déjà fait remarquer avec plusieurs courts-métrages et un long-métrage de fiction sorti en 2016, Vendeur, avec Gilbert Melki et Pio Marmaï. Pour La Campagne de France, il revient à un lieu qu'il connaît bien, le village d'Indre-et-Loire Preuilly-sur-Claise, village de ses grands-parents, pour suivre trois listes des élections municipales, dont une est emmenée par un duo haut en couleur.
Une jolie peinture de la "petite" politique (et un faux-documentaire ?)
Quelque part entre la série documentaire Strip-tease et le cinéma de Raymond Depardon, La Campagne de France nous plonge ainsi dans les enjeux politiques d'une petite élection municipale de 2020, se laissant conduire par différents candidats et essayant de capter leurs caractères, leurs attentes, leurs idées. Se détache d'une galerie intéressante de portraits un duo étonnant, loufoque. Il s'agit de Mathieu Barthélémy, jeune ingénieur un peu dans la lune et figure peu connue des habitants de Preuilly, et de son co-listier Guy Buret, un "fort en gueule" et personnage clivant du village.
https://twitter.com/benlavernhe/status/1501700892185219078
La qualité de La Campagne de France est peut-être aussi son défaut, qui est de s'affranchir de tous les codes du genre documentaire et d'offrir une narration elliptique, où l'on ne sait plus bien quel est l'objectif du réalisateur. Est-ce donner à cette véritable campagne locale et ses acteurs une portée humaine plus large et symbolique, qui résonnerait avec une élection nationale ? Ou au contraire, serait-ce, à la manière de Strip-tease, tenter de déplier jusqu'à l'extrême les personnalités rencontrées ?
Il existe ainsi une indécision dans La Campagne de France, charmante mais aussi déroutante. Parfois drôle, souvent touchant et toujours authentique, le film de Sylvain Desclous réussit à faire de la matière politique autre chose qu'un récit dramatique ou un thriller, en la montrant directement et franchement, sans la langue de bois et les détours pris par les professionnels de la politique, ainsi que par ceux qui la racontent.