Après "Les Aventures de Rabbi Jacob", le réalisateur Gérard Oury devait retrouver son acteur fétiche et ami Louis de Funès pour une cinquième collaboration avec la comédie "Le Crocodile". Hélas, le film n'a jamais abouti et demeure maudit.
Le Crocodile : la comédie maudite de Gérard Oury
Après le succès du film Les Aventures de Rabbi Jacob en 1973, le réalisateur Gérard Oury souhaite collaborer pour la cinquième fois avec Louis de Funès avec la comédie Le Crocodile. À la manière de Charlie Chaplin et de son film culte Le Dictateur, le long-métrage devait être une caricature des régimes totalitaires de la fin du 20e siècle. Il devait constituer, avec Rabbi Jacob, un second chapitre sur l'intolérance.
Ainsi, Louis de Funès devait interpréter un dictateur nommé Crochet (en référence à Augusto Pinochet) qui se retrouvait trahi par tout son entourage, à commencer par sa femme qui entretenait une liaison avec le chef de la police. Bien décidée à mettre ce dernier au pouvoir, elle faisait en sorte de mettre son mari en prison. Mais contre toute attente, Crochet finissait par s'unir à ses ex-adversaires pour établir une dictature d'extrême-gauche en tout point semblable à celle d'extrême-droite qu'il exerçait avant d'être emprisonné.
Premier abandon
En juillet 1974, Gérard Oury et sa fille Danièle Thompson (qui co-écrit le film) partent en Grèce pour faire des repérages. Les prises de vues devaient débuter le 14 mai 1975 à Athènes. Mais en mars de la même année, Louis de Funès est victime de deux infarctus successifs. Les médecins le jugent inapte à jouer dans le film qui demande une bonne forme physique. Le Crocodile est donc abandonné, malgré une pré-production très avancée (une pré affiche apparaît même dans le magazine Le Film Français).
Gérard Oury est très affecté par le fait de ne pas pouvoir retrouver son ami Louis de Funès pour cette nouvelle comédie. Ainsi, il déclara à ce sujet dans une interview à France-Soir :
J'ai écrit pour Louis — qui est mon ami depuis dix ans — un scénario dans lequel chaque clin d'œil, chaque geste, chaque gag, lui est tout spécialement destiné. Son rôle n'est pas une houppelande que l'on peut maintenant jeter sur les épaules d'un autre comédien. Il faudrait, pour remplacer Louis, des remaniements considérables. La maladie de Louis — qui m'a bouleversé sur le plan amical — me fait perdre un an et demi de ma vie professionnelle. Mais j'ai d'autres idées de sujet, d'autres projets, d'autres contrats signés. Mon vœu le plus cher reste néanmoins de pouvoir travailler avec Louis de Funès
Nouvelle tentative avec Peter Sellers
En 1979, Gérard Oury tente de relancer Le Crocodile avec l'acteur britannique Peter Sellers, qui accepte. Le réalisateur retravaille le scénario avec Jim Moloney pour le rendre plus américain. Mais le 24 juillet 1980, le comédien décède à la suite d'un infarctus. Le réalisateur, consterné, dira que trois infarctus pour un même film c'est "un peu beaucoup". Après ce nouvel incident, Danièle Thompson prend peur et interdit à son père de faire le film :
Jamais deux sans trois : la prochaine fois, ce sera toi. Je ne veux pas que tu fasses le film.
En 1982, Louis de Funès et Gérard Oury s'étaient croisés en studio alors que le premier faisait la postsynchronisation du film Le Gendarme et les Gendarmettes et le deuxième celle de L'As des as. Ils auraient alors évoqué une nouvelle version de la comédie Le Crocodile, dans laquelle Louis de Funès aurait moins d'efforts physiques à faire. Mais le projet est définitivement enterré en janvier 1983 après la mort du comédien, d'un nouvel infarctus...