« True Grit » marque les retrouvailles entre les frères Coen et Jeff Bridges après « The Big Lebowski ». Le long-métrage s’inspire du roman éponyme de Charles Portis, déjà adapté en 1969 par Henry Hathaway. S’ils se basent sur le même ouvrage, les deux films n’ont quasiment rien à voir si ce n’est leur trame principale, et la performance de Bridges est radicalement différente de celle de son prédécesseur, l’incontournable John Wayne.
Sorti en 2010, True Grit est le premier « vrai » western des frères Ethan et Joel Coen. Avec ce long-métrage, le duo derrière Fargo et No Country for Old Men offre un nouveau rôle en or à Jeff Bridges, après l’incontournable personnage du Dude dans The Big Lebowski. Ici, l’acteur interprète Rooster Cogburn, impitoyable Marshal déjà incarné par John Wayne dans 100 Dollars pour un shérif, long-métrage réalisé en 1969 par Henry Hathaway, véritable spécialiste du genre auquel on doit également Nevada Smith et Le Jardin du diable.
Et ces deux adaptations du roman True Grit de Charles Portis ont une saveur bien différente. Le film des frères Coen convoque davantage La Nuit du chasseur que son prédécesseur, dans sa manière de mettre l’héroïne Mattie Ross au centre du récit, à l’instar des deux enfants poursuivis par Robert Mitchum dans le classique de Charles Laughton.
Une adaptation plus fidèle au roman d’origine
Lors de la sortie de True Grit, Joel et Ethan Coen avaient pris le soin d’assurer qu’il ne s’agit en aucun cas d’un remake de la première version :
Nous ne faisons pas un remake du film, nous voulons faire notre version du livre tel que l'a écrit Charles Portis. Le récit est fait par une fille de 14 ans pleine d'assurance, ce qui donne probablement au livre son côté étrange et drôle. Mais il y a aussi une dimension Alice au pays des merveilles parce que cette jeune adolescente évolue dans un environnement vraiment exotique et décalé pour nous.
Dans True Grit, Mattie Ross engage Rooster Cogburn pour débusquer Tom Chaney (Josh Brolin), le meurtrier de son père qui a pris la fuite. L’adolescente interprétée par Hailee Steinfeld, dans son tout premier rôle au cinéma, est déterminée à accompagner le vieux briscard alcoolique et borné dans sa traque. Débute alors un véritable récit initiatique marqué par l’amitié naissante entre Mattie et Cogburn, et doublé d’un superbe propos sur le temps qui passe. Toute la mélancolie qui se dégage du long-métrage provient d’ailleurs des ajouts que les frères Coen ont fait par rapport au film d’Henry Hathaway, qui valut à John Wayne le seul Oscar de sa carrière.
True Grit est tout d’abord porté par la voix off de Mattie Ross adulte, incarnée par Elizabeth Marvel, ce qui n’était pas le cas dans la première version. Les frères Coen s’intéressent ainsi davantage à l’héroïne, et à l’impact que cette folle chevauchée a sur elle. Le film se conclut d’ailleurs sur une scène terrassante, à travers laquelle les réalisateurs prennent une décision que John Wayne n’aurait sans doute pas acceptée, mais en cohérence totale avec leur parti-pris.
S’il reprend la même trame que 100 dollars pour un shérif, True Grit opte donc pour une approche plus moderne et émouvante que le film d’Hathaway, qui offrait à John Wayne un énième personnage de dur à cuire nettement moins axé sur la bouteille que son successeur, et qu’il avait d’ailleurs réinterprété dans Une bible et un fusil. De son côté, Jeff Bridges confère davantage de fragilité et d’humour au Rooster Cogburn de True Grit.