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Seules les bêtes : Laure Calamy et Denis Ménochet nous parlent de leur cinéma

Seules les bêtes : Laure Calamy et Denis Ménochet nous parlent de leur cinéma

Nous avons eu la chance de rencontrer Laure Calamy et Denis Ménochet, deux des personnages principaux du film de Dominik Moll, "Seules les bêtes". Ils y interprètent Michel et Alice Farange, un couple où chacun a son secret, et sa part dans le drame qui touche leur région. Nous leur avons posé des questions sur ce film, sur leur métier et leur rapport au cinéma.

Il fallait bien deux grands comédiens, aux différentes sensibilités, pour rendre tout le drame et l'émotion qui font le film Seules les bêtes. Denis Ménochet et Laure Calamy sont Michel et Alice Farange, un couple où chacun a son secret, des désirs et des chemins différents. Nous les avons rencontrés, pour parler de ce film, de leur relation avec le réalisateur Dominik Moll, et encore bien d'autres choses.

Dominik Moll est un cinéaste aussi brillant que rare. C'était comment de travailler avec lui ?

Denis Ménochet : C’était vraiment bien. Ils m’ont proposé sans audition et c’était très agréable. C’était pour le rôle de Joseph mais j’ai dit "non, je veux faire Michel" (rires) ! Ce qui m’a plu, c’est évidemment de travailler avec Dominik Moll, jouer ce thriller planant, avec aussi de l’humour. La confiance avec Dominik fait tout, il a un enthousiasme enfantin quand il parle de son film, c’est très communicatif, tu as envie de l’aider, d’être tout le temps avec lui.

L’adaptation du roman était super. J’avais très envie de jouer un personnage comme ça qui ne prévoit rien, qui est coincé dans sa solitude avec son désir d’amour, et qui par ses actes va engendrer plusieurs choses. Comme tous les autres personnages.

C’est le côté Agatha Christie, "qui a tué" ? Le tour de force, c’est de condenser toutes ces histoires dans le scénario, le roman est plus long, tout à la première personne. A l’écriture et au montage, ils ont plus fait que rendre honneur au livre. Je suis très admiratif.

Laure Calamy : J’adore aussi son cinéma. On a fait des essais ensemble, je trouve ça intéressant pour voir comment l’un et l’autre travaillent, ça donne une idée. J’ai lu le roman, j’adore le vertige quand on découvre et comprend une histoire en passant d’un personnage à un autre. Mon personnage est celui qui a le moins de mystère, sur lequel on ne découvre rien, et qui en quelque sorte a le regard du spectateur.

Seules les bêtes

J’aime bien ce personnage, ça change de ce qu’on me donne parfois, des personnages exubérants. Là cette femme est plus dans l’empathie, elle a ce côté archétypal de celle qui veut sauver son amant, qui veut le comprendre, et elle est dans ses propres projections. C’est l’histoire d’une solitude contemporaine, ça me plaît beaucoup.

Cette solitude, partagée par tous les personnages, est centrale dans le film. Elle dit beaucoup des individus d'aujourd'hui.

D. M. : Il y a des thèmes propres à notre époque dedans. Dans Grâce à Dieu, dans lequel j'ai récemment joué, il y a une valeur humaine très forte. Mais dans Seules les bêtes, il y d’abord l’aspect ludique, c’est un vrai thriller. Le désir et la solitude vont faire basculer chaque personnage, c’est l’aspect commun à tous. Là où ils vivent, dans la causse, les routes font beaucoup de virages. J’aime penser qu’ils sont tous à un virage de leur vie.

L. C.Ce qui est beau, c’est que chaque personnage a sa part d’innocence. Les personnages s’emmènent au bord d’eux-mêmes. Mon personnage est assez classique dans sa manière d’aimer, elle a quelque chose qui est culturellement acquis pour une femme, faire démonstration de tendresse, etc.. C'est pourquoi le personnage de Valeria Bruni-Tedeschi est très beau, pris dans cette perspective, parce qu’elle est plus libre, plus indépendante. Elle a envie d’amour aussi, mais en même temps… En fait, si elle n’était pas morte, c’est sans doute elle qui s’en tirerait le mieux.

Vous tournez tous les deux ensemble pour la première fois.

D. M. : J’étais fan de Laure Calamy, une immense actrice et une immense tragédienne, et en même temps elle a un ressort comique redoutable. Donc on s’est bien entendus, on a bien rigolé, elle est extraordinaire.

L. C. : On ne se connaissait pas, et c'est vrai qu'on a bien rigolé. J’ai beaucoup aimé le voir travailler, il pose énormément de questions sur tout. Moi je passe par d’autres endroits, j’ai parfois l’impression de manquer de pudeur si je pose trop de questions. On se retrouvait facilement dans le jeu, c’était assez fort. Il y a des scènes coupées malheureusement, dont une qu’on aimait beaucoup tous les deux.

Denis, vous avez une expérience internationale, comment voyez-vous le cinéma français ?

D. M. : Le cinéma français, par son système de financement et par l’intelligence des gens qui s’occupent des festivals, est un cas unique au monde. On peut exprimer des histoires, on laisse la place aux auteurs, à la créativité, aux metteurs en scène. C’est une chance inouïe de pouvoir travailler sur des sujets aussi singuliers, et surprenants qui, comme par exemple pour Grâce à Dieu, changent les choses.

Seules les bêtes

Laure, vous êtes une actrice de théâtre et de cinéma. De quel côté votre cœur balance ?

L. C. : Ça dépend uniquement de la nature des projets. En ce moment je consacre plus de temps au cinéma, je suis plus demandée, et ça me plaît parce que c’est une grammaire que je connais moins. J’ai plus d’expérience au théâtre. Mais j’aime également les deux.

Si vous deviez choisir trois films pour définir le cinéma que vous aimez, ce serait lesquels ?

L. C. : Je crois que je vais dire Le Roi et l’Oiseau, ça m’a vraiment marquée, enfant, alors que je n'avais jamais accroché sur les Disney. Ensuite, peut-être Le Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant, avec ses plans larges, le restaurant... Il y a des scènes incroyables, c’est un film complètement dingue. À bout de souffle aussi, j’avais enregistré des dialogues entiers. Et puis Fellini avec Les Nuits de Cabiria, Mamma Roma de Pasolini... Trop difficile de n'en donner que trois !

Avez-vous un souvenir particulier, un moment déterminant dans votre carrière ?

D.M. : Lors de ma deuxième année avec Lesley Chatterley, j’ai joué dans une pièce de théâtre où je jouais un sergent major ivre mort, je rentrais sur scène après une bataille, je gueulais sur tout le monde, je tapais dans les cadavres. Quand je suis sorti de scène, il y a eu des applaudissements à tout rompre, et encore aujourd’hui je sais que c’est ça qui m’a conforté dans l’idée qu’il fallait que j’en fasse mon métier, mais je ne sais pas pourquoi !

L.C.Au cinéma, je dirai Un monde sans femmes de Guillaume Brac, et c’était en même temps que Ce qu’il restera de nous de Vincent Macaigne, donc je vais dire ces deux court-métrages, ce moment là. C’était un personnage tragique, dans le film de Macaigne, et un jour j’ai rencontré Guillaume, le temps d’une soirée, et il m’a dit qu’il avait un projet et qu’il voulait l’écrire en pensant à moi. C’est parti comme ça, sans essais ni rien, c’était une ambiance semblable à celle du film de Vincent. On tournait à Ault Onival, une station balnéaire un peu sinistrée maintenant. Il s’est passé quelque chose de fort dans l’équipe. Ces deux films vont ensemble dans mon expérience.

Propos recueillis par Marc-Aurèle Garreau

Seules les bêtes, au cinéma le 4 décembre. Ci-dessous la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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