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Swallow : rencontre avec le réalisateur Carlo Mirabella-Davis

Swallow

Rencontre avec Carlo Mirabella-Davis, le réalisateur du film « Swallow », en salles depuis le 15 janvier 2020. Un jeune cinéaste dont il faut retenir le nom, tant son film est une promesse de très belles réalisations à venir.

Swallow, au cinéma depuis le 15 janvier, est une des plus belles surprises de ce début d’année (notre critique ici). Un film au fort message émancipateur et féministe, qui mêle avec style et précision l’horreur, le thriller psychologique et le drame familial. Avec aussi une part de comédie noire qui permet au film d’atteindre un niveau de complétude rare pour un premier film. Car Swallow est le premier long-métrage de fiction de son réalisateur, Carlo Mirabella-Davis. Nous avons pu le rencontrer et parler avec lui de son très beau film.

L’idée de Swallow est très originale, comment l’avez-vous eue ?

L’idée est inspirée par l’histoire de ma grand-mère, qui était femme au foyer dans les années 50, et dans un mariage malheureux, elle a développé plusieurs rituels de contrôle. Elle se lavait les mains de manière compulsive, jusqu’à quatre savons par jour, et une dizaine de bouteilles d’alcool à friction par semaine. Je pense qu’elle cherchait toujours plus d’ordre, à mesure qu’elle se sentait de plus en plus impuissante dans cette vie. Mon grand-père, sur les conseils des docteurs, l’a placée dans une institution, où elle a reçu un traitement par électrochocs, puis par insuline, et enfin une lobotomie qui lui a fait perdre le goût et l’odorat. J’ai toujours pensé que c’était une punition du fait qu’elle n’était pas à la hauteur de ce que la société d’alors attendait des femmes.

Je voulais faire un film à ce sujet, mais se laver les mains n’est pas très cinématographique, alors je me suis rappelé avoir vu une photographie des objets qu’une personne avait ingérés, une personne touchée par le syndrome de PICA. Ces objets m’ont fasciné, et j’ai voulu savoir ce qui avait touché cette personne, il y avait quelque chose de l’ordre du mystique, presque du religieux, et c’est comme ça que Swallow a commencé à prendre forme.

C’est votre premier long-métrage de fiction, et il est particulièrement abouti. Souvent les premiers films sont empesés par le désir d’en faire trop, comme s’ils « criaient », ce qui n’est pas le cas de Swallow.

J’ai eu énormément de chance, d’avoir un tel casting et une telle équipe, et aussi, on m’avait dit que je ne pourrais jamais avoir les meilleurs producteurs indépendants, mais j’y suis parvenu. Par miracle, Mollye Asher a accepté de produire le film. Au casting, nous avons pu avoir l’incroyable Haley Bennett, et la géniale directrice de la photographie Katelin Arizmendi. Nous avons rencontré des difficultés pour les financements, les studios sont nerveux à l’idée de se risquer sur un projet de premier film, et un premier film si particulier. Donc la plupart du financement est venu de France, des formidables sociétés Charades et Logical Pictures, et je leur suis infiniment reconnaissant d’avoir pu rendre ce film possible.

Swallow

Vous avez eu des inspirations particulières pour Swallow ?

Je suis passé par une période où je regardais cinq films par jour, alors j’en ai beaucoup ! Jeanne Dielman de Chantal Ackerman, Safe de Todd Haynes, Une Femme sous influence de Cassavetes, les films de Hitchcock, Rosemary’s Baby et les films de Brian De Palma, le premier Suspiria aussi. Avec la directrice de la photo, on a collectionné des plans et des clichés qu’on admirait, pour créer une philosophie de tournage. Nous voulions créer des règles pour tourner ce film, une charte très précise. Au début du film, tous les plans sont bien sous contrôle, rigides, Hunter y est comme marginalisée. Et quand le film évolue, à la faveur des moments émotionnels, on commence à casser ces règles, on se rapproche de son visage, on utilise une faible profondeur de champ, pour montrer la progression de sa rébellion contre le système patriarcal.

On voulait aussi que le film soit d’abord très stylisé, avant de devenir de plus en plus réaliste, suivant cette progression, et de sentir plus profondément la psychologie d’Hunter.

Le trouble de l’alimentation que rencontre Hunter, c’est surtout une rébellion contre le sexisme et le patriarcat ?

J’ai toujours été fasciné par l’apparition du sous-texte, par la présence d’une signification dans chaque séquence, je pense qu’on est continuellement exposé à des moments dans la vie qui semblent en surface normaux, mais qui à l’examen se révèlent être conditionnés par des forces profondes. Je voulais que ce soit un film féministe, et je suis encore bouleversé par le fait que tant d’artistes féminines talentueuses se soient impliquées dans ce projet, et ont fait de l’histoire de ma grand-mère la leur. J’ai été élevé dans un environnement féministe, j’ai toujours eu ces principes.

Dans ma vingtaine, je m’identifiais en tant que femme, j’avais un nom différent, je m’habillais avec des vêtements féminins. C’était une très belle période de ma vie, mais qui m’a aussi beaucoup appris sur combien le sexisme est puissant dans notre société. Quand vous êtes élevé comme un garçon, vous ne comprenez pas combien le problème est systémique.

Swallow est un film à propos d’avaler des objets, mais aussi « d’avaler » ses émotions, de les enterrer, de les dissimuler. On dit aujourd’hui « c’est ce que tu es », « c’est que ce tu veux », « c’est ce que tu aimes », et tout un contrôle se met alors en place. Dans le monde d’Hunter, on lui a dit que sa situation devrait la rendre heureuse, et elle regagne son bonheur quand elle se rend compte qu’en réalité elle est utilisée. Mais quand on refoule, cela revient toujours, comme une bulle qui ne peut pas s’arrêter de regagner la surface. Et ce syndrome de Pica, bien que très dangereux, lui permet aussi de se reconnecter à elle-même, de reprendre possession de son corps et de sa vie.

Pour ça, vous avez pu compter sur le très grand talent de Haley Bennett.

Hunter porte plusieurs masques dans son histoire, et Haley est très forte pour montrer ces différentes émotions. Le premier, c’est la normalité, le sourire de circonstance, être ce qu’on attend d’elle. Le second, c’est la douleur, les doutes, et enfin sa dernière apparence est celle de son être profond, qui commence à resurgir. Haley peut faire tout ça, en même temps, avec simplement quelque chose dans sa coiffure, dans son regard. Elle est si précise et investie, je lui suis reconnaissant d’avoir pu donner vie à Hunter avec autant de clarté et d’authenticité. Elle a aussi été très généreuse de son temps, puisqu’elle est aussi à la production. Sa scène finale, c’est une seule prise, et c’était la première ! Le premier jour de tournage, elle a dit « je vais faire une voix », parce que ce n’est pas sa réelle voix qu’on entend, et c’était plus que parfait.

Swallow est un film complet, qui explore avec brio plusieurs genres. Comment avez-vous trouvé son équilibre ?

Le film propose de l’horreur psychologique, de la comédie noire, du drame familial. C’est toujours difficile de savoir où et quand insister, et je voulais vraiment arriver à un équilibre. Et je crois que c’est l’addition d’un peu de comédie noire qui permet de faire passer le tout, cela rend le film plus humain. Sans cela, le film aurait sûrement été trop sévère. Il y a des scènes intenses, et l’humour permet de balancer les sensations, et de rendre le film plus accessible. Je pense que l’effet cathartique est décuplé si l’on passe par toutes les émotions.

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