[Attention, cet article contient des spoilers !] Premier volet d'une trilogie incontournable, "Infernal Affairs" se termine sur un rebondissement particulièrement brutal et tragique. À l'occasion de la ressortie du thriller au cinéma, retour sur cette fin que le coréalisateur Andrew Lau a défendue durant de nombreuses discussions pendant la production.
Infernal Affairs : un thriller redoutablement efficace
Infernal Affairs est de retour dans quelques salles obscures hexagonales dans une version remasterisée, au même titre que ses deux suites. En France, le film sort en 2004, après deux décennies de cinéma hongkongais marquées par des fusillades ahurissantes, à commencer par celles de John Woo (Le Syndicat du crime, The Killer).
Ce premier volet troque les gunfight contre un redoutable jeu du chat et de la souris, opposant deux personnages qui se croisent depuis leur jeunesse. Ming (Andy Lau) fait partie du gang de Sam (Eric Tsang) depuis de nombreuses années. Pour étendre son pouvoir, le caïd envoie son soldat à l'école de police, espérant en faire une taupe parfaitement intégrée aux forces de l'ordre.
Durant sa formation, Ming rencontre brièvement Yan (Tony Leung). Très vite repérée par le commissaire Wong (Anthony Wong), cette recrue se voit proposer de rejoindre l'unité spéciale des infiltrés, dans le but de faire tomber l'organisation criminelle de Sam. Pendant longtemps, le stratagème fonctionne dans les deux camps. Ming grimpe rapidement les échelons au sein des autorités tandis que Yan fait partie des principaux lieutenants de Sam.
Mais à la suite d'une intervention de Wong pendant une transaction de Sam, le commissaire et le gangster se mettent à soupçonner les membres de leurs équipes respectives. Quelle taupe parviendra à faire tomber l'autre en premier ?
Une trilogie incontournable
Réunissant un casting de stars, parmi lesquelles les stars de la pop Kelly Chen et Sammi Cheng, Infernal Affairs rencontre un grand succès à Hong Kong. Les réalisateurs Andrew Lau et Alan Mak enchaînent avec deux autres longs-métrages. Infernal Affairs II est un préquel qui se déroule en 1991, au moment où les deux personnages principaux commencent leur infiltration. À l'époque, Sam n'a pas encore pris le pouvoir et les triades sont dirigées par Hau (Francis Ng), le demi-frère de Yan. Enfin Infernal Affairs III oscille entre le passé et les événements qui suivent le premier opus.
La conclusion de la trilogie permet notamment de faire revenir Yan, décédé brutalement à la fin d'Infernal Affairs. Dans cette dernière, le flic infiltré peut enfin retrouver une vie normale alors que la police a éliminé la plupart des membres de son gang. Mais après avoir découvert que Ming est la taupe de la mafia, il prend la fuite. Il le menace ensuite de dévoiler toute la vérité, ce que le gangster accepte pendant qu'ils négocient sur un toit de la ville, prétextant être las de tous ces mensonges. Mais en sortant de l'ascenseur de l'immeuble, Yan est abattu par un autre soldat de Sam, lui-même tué par Ming quelques secondes plus tard.
Une conclusion inattendue mais porteuse de sens
Une fin inattendue et brillante, qui libère définitivement Yan après plusieurs années de souffrance. Ming reste quant à lui bloqué dans l'enfer de la culpabilité, coincé dans sa double identité. Interviewé par Allociné à l'occasion de la ressortie française d'Infernal Affairs, Andrew Lau a expliqué que l'équipe a longuement hésité vis-à-vis de l'issue du dernier acte. Mais selon lui, la mort de Yan reste l'idée la plus cohérente :
Il y a eu beaucoup de discussions dès le début du processus d'écriture. Nous avions probablement 10 fins différentes. Qui allait mourir ? Andy ou le personnage de Tony ? Les deux devaient-ils mourir ou aucun d'entre eux ne devait mourir ? J'ai toujours pensé que c'était Tony qui devait mourir mais je n'ai jamais pu dire pourquoi.
Il y a eu des discussions sur le fait qu'Andy devait mourir parce qu'il est le méchant de l'histoire. Cela a renforcé ma position sur la mort de Tony, car dans ce monde, le méchant survit.
La mort de Tony a également fait ressortir le fait que la mort est peut-être une échappatoire, mais que les méchants survivraient en vivant dans cet "enfer continu".
https://twitter.com/thejokersfilms/status/1504742719083761676
Une conclusion qui diffère de celle du remake du long-métrage signé Martin Scorsese. Dans Les Infiltrés, le criminel incarné par Matt Damon trouve la mort chez lui, où le flic joué par Mark Wahlberg l'attend pour se venger. Une modification sur laquelle Andrew Lau continue de s'interroger :
Martin a modifié une grande partie du scénario. Même s'il s'agit d'un remake d'Infernal Affairs, je pense que les deux films sont assez différents. (...) Mais je veux savoir pourquoi Martin a changé la fin !