Affaire Weinstein : la finalité d'une année de harcèlements sexuels

Affaire Weinstein : la finalité d'une année de harcèlements sexuels

L'affaire Harvey Weinstein a bouleversé le monde du cinéma, mais pas que. Pourtant, avant lui, en 2017, d'autres ont été accusés de viol ou de harcèlement, sans recevoir la même indignation.

Il aura fallu qu’un important producteur de cinéma comme Harvey Weinstein s’écroule après avoir été accusé de viols et de harcèlement, pour que les langues se délient. Pour que des victimes parviennent enfin à s’exprimer. Depuis, le monde des réseaux sociaux est en effervescence avec chaque jour de nouveaux témoignages, donnant le sentiment (ou l’illusion ?) que les choses pourraient changer. Il aura fallu au moins ça, car avant l’affaire Weinstein, le harcèlement était bien présent en 2017 dans les médias, sans pour autant provoquer une telle réaction. Comme le sentiment d’une graduation nécessaire avant l’éclatement du nabab américain.

Casey Affleck : un Oscar qui passe mal

Dès le début de l’année 2017, les Oscars se sont retrouvés avec une polémique sur les bras, alors que Casey Affleck remportait l’Oscar du meilleur acteur pour son rôle dans Manchester by the Sea. Si le comédien réalise dans ce film une excellente prestation, c’est une affaire qui remonte à 2010 qui a terni sa victoire. En effet, alors qu’il terminait le tournage d’I’m Still Here, le 23 juillet 2010, la productrice du film Amanda White et la directrice de la photographie Magdalena Gorka l’ont poursuivi en justice.

Casey Affleck aurait fait à Amanda White de « nombreuses avances sexuelles », lui aurait parlé de manière « inappropriée » et l'aurait attrapée « violemment » après qu'elle ait exprimé son refus de rester dans sa chambre d'hôtel. Magdalena Gorka déclare quant à elle que l’acteur aurait « encouragé » le harcèlement de membres de l'équipe du tournage à son encontre, et qu’il l’aurait rejoint dans son lit contre son consentement. La technicienne, choquée, aurait alors quitté le tournage en pleine production.

Un sort différent pour Nate Parker

Casey Affleck a nié ces accusations, tandis que la co-productrice, Nicole Acacio, a expliqué n'avoir rien vu de la sorte pendant le tournage. Difficile alors de discerner le vrai du faux. D’autant plus en l’absence d’enquête et de procès. Les deux femmes ayant finalement retiré leur plainte après qu'un accord à l'amiable ait été passé, et qu'une somme, dont le montant reste inconnu, ait été versée.

Autant dire que l’acteur s’en est bien sorti, et ce, malgré les indignations qui ont suivi sa récompense aux Oscars. Une situation bien différente de celle du réalisateur Nate Parker, qui après avoir été rattrapé par une affaire de viol datant de 1999, a vu l’Académie se désolidariser de son film The Birth of a Nation. Ces deux affaires relativement proches (par rapport aux Oscars) symbolisaient alors toute la problématique autour du harcèlement ; à savoir comment certains semblent pouvoir échapper aux conséquences de leurs actes, du moins, jusqu’à un certain point.

L’affaire Roman Polanski toujours d’actualité

Dans la lignée des Oscars, c’est la présence de Roman Polanski aux César qui fit réagir l’opinion publique. À jamais, le réalisateur aura vu ses qualités de cinéaste entachées d’une affaire de viol. Celui de Samantha Geimer, âgée alors de 13 ans, qui l’accuse de l’avoir violé le 10 mars 1977. À l’époque, Polanski passe un accord à l’amiable et ne fait que 42 jours dans la prison de Chino, en Californie. Par la suite, le juge Laurence Rittenband reviendra sur son jugement et inflige une peine de 50 ans de prison à Polanski. Le cinéaste s’est depuis exilé en Europe pour éviter cela.

Après plusieurs décennies, si Samantha Geimer a fini par abandonner les poursuites pour tourner la page, l’annonce qu’il allait présider la 42e cérémonie des César a remis le feu aux poudres. La décision avait immédiatement fait réagir sur les réseaux sociaux et auprès d’associations féministes. Polanski avait alors renoncé à présider les César, en dépit du soutien, tout de même, de plusieurs personnes du milieu. Un soutien qui, là aussi, a de quoi laisser perplexe. Donnant ainsi le sentiment qu’il y a dans le cinéma (ou ailleurs) deux poids deux mesures, alors que Weinstein, dont pour l'instant aucune accusation n’a été prouvée, est en ce moment jugé sur la place publique.

Les conséquences de l‘affaire Weinstein

Depuis plusieurs jours, les témoignages et les réactions autour de l’affaire Weinstein se multiplient donc. Chacun y allant de sa déclaration pour donner son opinion dessus. Seulement, le souci est que, comme l’a rappelé le réalisateur Oliver Stone, Harvey Weinstein n’a pour le moment pas été déclaré coupable. L’enquête débutant à peine. Pourtant, ni l’académie des Oscars (qui l’a exclu), ni Emmanuel Macron (qui a entamé une procédure pour lui retirer la Légion d'honneur) n’ont attendu pour réagir. Ainsi, Weinstein serait coupable avant d’avoir été jugé, ce qui, démocratiquement, pose problème.

Enfin, l’autre phénomène inquiétant depuis, est de voir des allégations se multiplier dans tous les sens. Ce week-end, le #balancetonporc a fait son apparition sur Twitter. Un hashtag qui appelle les femmes à témoigner des harcèlements qu’elles ont subis. Évidemment, que les victimes se sentent désormais capables de s’exprimer est une bonne chose, mais cela reste à double tranchant en raison de l’instantanéité liée aux réseaux sociaux. Ainsi, difficile de faire le tri dans les informations qui se limitent souvent à un tweet, relayées sans vérification des dires, et qui ne donnent pas lieu à de véritables procédures.

A ce propos, c'est Woody Allen qui s’est exprimé sur l’affaire. Outre un soutien (au mieux, maladroit) adressé à Weinstein, le réalisateur, impliqué dans un scandale dans les années 1990, après avoir été accusé d’attouchement envers sa fille adoptive Dylan Farrow, a mis en garde contre ce qui pourrait devenir une « ambiance de chasse aux sorcières ». En effet, s’il est important de lutter contre le harcèlement, il ne faudrait pas, à force, en oublier le système judiciaire. Ce qu'a résumé la journaliste Clara Schmelck sur franceinfo ce lundi 16 octobre, rappelant que :

Un hashtag ne remplace pas un procès. Ce qui a été dénoncé doit passer devant les tribunaux. il y des risques de calomnie ou de règlement de comptes.

 

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